Chaque automne, la société se retrouve face à une question ancienne : qui doit se protéger, et pourquoi ? Cette année, la campagne de vaccination hivernale lancée le 13 octobre 2026 contre la grippe et le Covid-19 déplace la réponse habituelle. Sandrine Sarrazin, directrice de recherche à l'Inserm, rappelle que la maladie grave ne choisit pas toujours ses victimes selon les profils attendus, et que l'incertitude est, en elle-même, une raison suffisante pour agir.
Vaccination grippe-Covid : « On ne peut pas parier sur une forme grave »
Personne ne peut parier sur une forme grave
Pourquoi Sandrine Sarrazin insiste-t-elle sur le fait que personne n'est vraiment à l'abri d'une forme grave?
Parce que les données des dernières années montrent que la maladie grave ne suit pas toujours les profils qu'on attendait. Des jeunes sans antécédents peuvent être hospitalisés. C'est une réalité que les campagnes précédentes minimisaient.
Mais comment on mesure ça? Quelle proportion de jeunes sans comorbidités développent réellement une forme grave? Le communiqué de l'Inserm le précise-t-il?
Donc la campagne change de stratégie cette année?
Oui. Au lieu de dire « vous êtes à risque, vaccinez-vous », elle dit « vous ne savez pas si vous êtes à risque, vaccinez-vous ». C'est plus honnête mais moins rassurant.
C'est une distinction importante. Mais est-ce que ça va augmenter la couverture vaccinale ou la diminuer? On n'a pas cette donnée.
Qu'est-ce qui a changé entre les campagnes précédentes et celle-ci?
La reconnaissance que les variants du Covid et la grippe sont imprévisibles. On ne peut plus dire avec certitude qui sera épargné.
Imprévisibles, d'accord. Mais on a quand même des données sur les taux de forme grave par tranche d'âge, non? L'Inserm les cite-t-elle?
Quel est le vrai enjeu de cette campagne?
C'est de passer d'une logique de protection des vulnérables à une logique d'incertitude partagée. Tout le monde est invité à se vacciner, pas seulement les groupes à risque.
Et ça s'appuie sur quoi, concrètement? Sur des cas individuels ou sur des données épidémiologiques systématiques?
Il Polso
- La campagne hivernale 2026 s'ouvre sur un message inédit : même les personnes jeunes et en bonne santé ne peuvent exclure une forme grave de grippe ou de Covid-19.
- Ce glissement de discours crée une tension — il est plus difficile de convaincre sans la promesse rassurante que 'vous n'avez rien à craindre'.
- L'Inserm s'appuie sur des années d'observations surprenantes : des adultes sans comorbidités hospitalisés, des variants imprévisibles, une sévérité qui échappe aux modèles classiques.
- La stratégie adoptée mise sur la responsabilité individuelle plutôt que sur la seule protection des vulnérables, élargissant l'appel à l'ensemble de la population.
- L'enjeu désormais est l'adhésion : un argument fondé sur l'incertitude est plus honnête scientifiquement, mais moins séduisant pour mobiliser le grand public.
Chaque automne, la société se retrouve face à une question ancienne : qui doit se protéger, et pourquoi ? Cette année, la campagne de vaccination hivernale lancée le 13 octobre 2026 contre la grippe et le Covid-19 déplace la réponse habituelle. Sandrine Sarrazin, directrice de recherche à l'Inserm, rappelle que la maladie grave ne choisit pas toujours ses victimes selon les profils attendus, et que l'incertitude est, en elle-même, une raison suffisante pour agir.
La campagne de vaccination hivernale a démarré le 13 octobre 2026, mais avec une tonalité différente des années précédentes. Sandrine Sarrazin, directrice de recherche à l'Inserm, porte un message qui bouscule les certitudes : être jeune ou en bonne santé ne suffit pas à garantir qu'on échappera à une forme grave de la grippe ou du Covid-19.
Pendant longtemps, les campagnes de prévention ciblaient avant tout les personnes âgées, les malades chroniques et les femmes enceintes. Cette logique restait solide, mais elle laissait dans l'angle mort une réalité que les données récentes ont rendue impossible à ignorer : la maladie grave peut frapper en dehors des profils attendus. Un jeune adulte sans antécédents peut se retrouver hospitalisé. L'imprévisibilité est devenue, en elle-même, un argument de santé publique.
Cette campagne 2026 assume donc une forme d'honnêteté inconfortable : personne ne peut parier sur son immunité. Au lieu de rassurer, elle responsabilise. Le message n'est plus 'protégez les autres' ou 'vous êtes à risque', mais 'vous ne savez pas, et c'est précisément pourquoi la prudence s'impose'. Moins séduisant, peut-être, mais plus fidèle à ce que la science observe réellement.
La vraie épreuve de cette nouvelle approche sera l'adhésion du public. Convaincre sans promettre la sécurité absolue exige un autre rapport à la citoyenneté sanitaire — plus exigeant, moins paternaliste, mais aussi plus respectueux de l'autonomie de chacun.
La campagne de vaccination hivernale a démarré mardi 13 octobre, et cette année, le message des autorités sanitaires s'adresse à un public plus large que par le passé. Sandrine Sarrazin, directrice de recherche à l'Inserm, insiste sur un point qui bouscule la logique habituelle des campagnes de prévention : il ne suffit pas d'être jeune ou en bonne santé pour échapper aux formes graves de la grippe ou du Covid-19.
Pendant des années, les recommandations de vaccination se sont concentrées sur les populations dites à risque — les personnes âgées, celles atteintes de maladies chroniques, les femmes enceintes. C'était une approche rationnelle, fondée sur des données épidémiologiques solides. Mais Sarrazin pointe une réalité que les données récentes ont mise en lumière : la maladie grave ne frappe pas uniquement selon les profils attendus. Un jeune adulte sans antécédents médicaux peut développer une forme sévère. Une personne en apparente bonne santé peut se retrouver hospitalisée.
Cette prise de conscience change la nature de l'argument pour la vaccination. Il ne s'agit plus seulement de protéger les vulnérables — bien que cela reste crucial. Il s'agit de reconnaître que personne, quel que soit son âge ou son état de santé déclaré, ne peut parier sur son immunité naturelle ou sur sa capacité à traverser ces infections sans complications graves. Le risque existe pour tous, même s'il varie en intensité.
L'Inserm appuie cette position sur des observations accumulées au cours des dernières années. Les variants du Covid-19 ont montré une capacité à surprendre, à frapper des personnes qu'on aurait crues protégées par leur jeunesse ou leur absence de comorbidités. La grippe, elle, reste imprévisible dans sa sévérité d'une année à l'autre. Aucune formule ne permet de prédire qui sera épargné et qui ne le sera pas.
Cette campagne 2026 représente donc un tournant communicationnel. Au lieu de cibler les populations à risque avec un message de protection personnelle, elle s'adresse à la population générale avec un message d'incertitude assumée : vous ne savez pas si vous serez atteint d'une forme grave, donc la vaccination est un acte de prudence rationnelle pour tous. C'est moins rassurant que de dire « vous êtes jeune, vous n'avez rien à craindre », mais c'est plus honnête avec ce que la science observe réellement.
La question qui se pose maintenant est celle de l'adhésion. Convaincre les gens de se vacciner en leur disant qu'ils ne peuvent pas exclure une forme grave est un argument moins séduisant que les campagnes précédentes, mais il repose sur une prémisse plus solide. Il reconnaît l'autonomie du citoyen : vous avez le droit de savoir que le risque existe pour vous aussi, et c'est à vous de décider. La campagne hivernale qui débute cette semaine teste cette nouvelle approche, plus inclusive et moins paternaliste, mais aussi plus exigeante en termes de responsabilité individuelle.
Citazioni salienti
On ne peut pas parier sur le fait qu'on ne sera jamais atteint d'une forme grave, quel que soit notre âge ou notre profil— Sandrine Sarrazin, directrice de recherche à l'Inserm