Des individus masqués ont revendiqué via vidéo un incident frontalier début octobre impliquant des migrants clandestins et le vol de caméras de surveillance. Les experts interrogés estiment à « 0 % » la probabilité que ce groupe soit réel, le soupçonnant d'être une création des services de renseignement russes ou biélorusses.
Les énigmatiques « Black Rus » : une opération de désinformation russe à la frontière lettone
Il existe à peu près 0 % de chance que ce groupe soit réel
Pourquoi créer un groupe fictif pour revendiquer une opération ? Pourquoi ne pas simplement la laisser sans signature, comme avant ?
Parce que Moscou teste une nouvelle approche. Jusqu'à présent, la guerre hybride fonctionnait dans l'ombre — drones, sabotages, tout sans visage. Maintenant, ils mettent un visage dessus, même masqué, pour amplifier la peur.
Mais attendez — les experts disent que personne ne croit vraiment que ce groupe existe. Si c'est du théâtre, et que tout le monde le sait, quel est l'intérêt réel ?
L'intérêt, c'est que même si les experts savent, les citoyens ordinaires en Lettonie ou en Pologne voient une vidéo, lisent des articles, et se demandent : qui sont ces gens ? Vont-ils revenir ? C'est la peur qui compte, pas la vérité.
Et la Biélorussie dans tout ça ? Pourquoi accepterait-elle de participer à une opération russe ?
Bonne question. L'article dit que la Biélorussie veut éviter les accusations de l'UE sur l'instrumentalisation migratoire. Mais on ne sait pas vraiment si Loukachenko a donné son feu vert ou si Moscou agit de son côté.
C'est probablement les deux. Moscou utilise la Biélorussie comme terrain de jeu depuis des années. Mais cette fois, en créant un groupe « biélorusse », Moscou donne aussi à Minsk une couverture — ce ne sont pas les autorités, ce sont des extrémistes.
Les experts disent « 0 % de chance » que ce groupe soit réel. Mais comment peuvent-ils être aussi certains ?
Ils ne peuvent pas, vraiment. Ils disent que c'est impossible qu'un site comme celui-ci survive en Biélorussie, que les services de renseignement russes ont l'expérience de ce genre d'opération. Mais ce sont des déductions, pas des preuves.
C'est vrai. Mais quand tu vois un site professionnel, des vidéos bien produites, des comptes Telegram quotidiens, tout ça pour un groupe qui n'a aucun passé — c'est un pattern. C'est exactement ce que ferait une agence de renseignement.
Alors qu'est-ce qui se passe maintenant ? Vont-ils vraiment « tester les défenses » de l'OTAN ?
L'article dit que c'est une escalade, mais on ne sait pas si c'est une vraie menace ou juste du bruit psychologique. Les experts disent de garder son calme, ce qui suggère que la vraie victoire pour Moscou, c'est si on panique.
O Pulso
- Incident frontalier biélorusso-letton nuit du 5-6 octobre : tentative de passage de migrants clandestins et vol de caméras de surveillance
- Vidéo de revendication mise en ligne le 9 octobre par un groupe autoproclamé « Black Rus »
- Le groupe possède un site internet, des dizaines de vidéos YouTube, des comptes TikTok et Telegram actifs quotidiennement
- Les experts estiment à « 0 % » la probabilité que ce groupe soit une véritable entité indépendante
Des individus masqués ont revendiqué via vidéo un incident frontalier début octobre impliquant des migrants clandestins et le vol de caméras de surveillance. Les experts interrogés estiment à « 0 % » la probabilité que ce groupe soit réel, le soupçonnant d'être une création des services de renseignement russes ou biélorusses.
Un groupe autoproclamé « Black Rus » revendique un incident migratoire à la frontière biélorusso-lettone, mais les experts considèrent qu'il s'agit d'une opération de désinformation russe visant à tester les défenses de l'OTAN.
Au début du mois d'octobre, quelque chose s'est produit à la frontière entre la Biélorussie et la Lettonie. Des hommes masqués, vêtus de noir, auraient tenté de faire passer des migrants clandestins sur le territoire letton dans la nuit du 5 au 6 octobre. Après une confrontation tendue avec les forces de l'ordre, ils auraient quitté les lieux, puis sont revenus plus tard pour dérober des caméras de surveillance. L'incident aurait pu rester une affaire locale, mais le 9 octobre, une vidéo de revendication a été mise en ligne. Un homme au visage entièrement couvert y affirmait que son groupe, les « Black Rus », était responsable de l'opération. Il promettait que ce n'était que le début et annonçait d'autres actions contre les pays de l'OTAN.
Les autorités lettones ont d'abord pointé du doigt vers Moscou, voyant dans cet incident un nouvel exemple des opérations hybrides que la Russie intensifie en Europe. Mais à mesure que les experts ont examiné le groupe qui venait de surgir de nulle part, une question s'est imposée : ce groupe existait-il vraiment ? Les « Black Rus » possédaient un site internet élaboré, des dizaines de vidéos sur YouTube, des comptes actifs sur TikTok et Telegram alimentés quotidiennement. C'était, comme l'a noté un spécialiste, « très professionnel ». Trop professionnel, peut-être, pour un mouvement qui n'avait aucun passé, aucune présence documentée avant cette vidéo de revendication.
Le groupe se présentait comme une force défendant les intérêts nationaux biélorusses et l'héritage historique. Son manifeste allait plus loin : les « Black Rus » se décrivaient comme « le seul mouvement en Biélorussie qui défend l'idée d'unité slave ». Ils prônaient l'unification de la Russie, de la Biélorussie et de l'Ukraine. Pour y parvenir, ils affirmaient vouloir « nettoyer par la guerre » l'Ukraine afin de la « dénazifier », ce qui lui permettrait de rejoindre « la famille » slave. Ce discours, selon les experts interrogés, était le reflet fidèle de la rhétorique ultranationaliste russe des années 1990, celle-là même qui avait servi à justifier l'invasion de l'Ukraine en la présentant comme une guerre contre le nazisme.
Mais voici le problème : selon Maris Andzans, directeur du Centre d'études géopolitiques de Riga, il existe « à peu près 0 % de chance que ce groupe soit une véritable entité ». Les services de sécurité intérieure lettons ont confirmé avoir ouvert une procédure pour création d'une organisation criminelle, mais ils n'ont pas affirmé croire à l'existence réelle des « Black Rus ». Imants Liegis, ancien ministre letton de la Défense, a été direct : c'était « une opération de désinformation » russe. L'homme masqué dans la vidéo était « très probablement un membre des services de renseignement biélorusses ou russes », selon Huseyn Aliyev, spécialiste de la guerre en Ukraine à l'université de Glasgow.
La logique des experts était imparable. En Biélorussie, un environnement numérique aussi contrôlé que celui du régime de Loukachenko ne pourrait jamais tolérer l'existence d'un site appelant à la disparition de la Biélorussie au sein d'une union avec la Russie. C'était pourtant l'objectif affiché des « Black Rus ». De plus, en Biélorussie ou en Russie, « il n'existe aucun groupe d'hommes masqués et armés qui puisse être indépendants », a affirmé Andzans. À la limite, il pouvait s'agir de quelques membres de mouvements d'extrême droite biélorusses instrumentalisés et téléguidés par les services de renseignement russes, probablement.
Ce qui rendait cette opération particulièrement intéressante aux yeux des experts, c'était son caractère nouveau. Jusqu'à présent, la campagne de guerre hybride menée par la Russie en Europe — drones en Pologne, attaques contre des infrastructures en Allemagne — s'était déroulée sans revendication officielle. Cela offrait à Moscou ce que les experts appelaient le « déni plausible ». Créer un groupe de toutes pièces pour assumer la paternité d'une telle action marquait un changement de tactique. Pourquoi ? D'abord, parce que la Biélorussie voulait éviter de subir à nouveau les foudres de l'Europe, comme en 2022 quand l'Union européenne l'avait accusée d'instrumentaliser la pression migratoire. Faire porter le chapeau à des ultranationalistes illuminés, même si personne n'y croyait vraiment, offrait une couverture.
Mais il y avait une dimension psychologique plus large. Cette opération de désinformation visait aussi à effrayer les populations en Lettonie et, plus largement, dans les pays de l'OTAN. La revendication par les « Black Rus » donnait l'impression qu'il existait un groupe d'extrémistes prêt à frapper contre ces pays qui se mettaient en travers de leur rêve d'unifier l'Ukraine et la Russie. Dans sa vidéo, le groupe affirmait d'ailleurs avoir l'intention de mener d'autres opérations pour « tester les défenses » des pays de l'Alliance. Ces « Black Rus » devenaient ainsi le premier visage revendiqué — même masqué — de la campagne d'opérations hybrides russes qui s'intensifiait. Pour Jeff Hawn, spécialiste des questions de sécurité en Russie à la London School of Economics, cette revendication et cet objectif affiché constituaient « une escalade de la guerre hybride ». Pourtant, les experts avertissaient : il fallait garder son calme face à cette mise en scène. S'imaginer le grand méchant « Black Rus » rôder à la frontière lettone serait faire exactement le jeu de cette désinformation.
Citações Notáveis
Il existe à peu près 0 % de chance que ce groupe soit une véritable entité— Maris Andzans, directeur du Centre d'études géopolitiques de Riga
Ce groupe n'est rien d'autre qu'une opération de désinformation russe— Imants Liegis, ancien ministre letton de la Défense