Les patrons européens croient en l'Europe malgré les crises multiples ; un pays seul ne peut pas affronter les défis globaux actuels. La dépendance à la Chine a permis des prix bas mais coûte cher ; l'Europe doit reprendre le contrôle technologique sans couper les liens commerciaux.
Witucki (BusinessEurope) : l'Europe doit reprendre le contrôle face à la Chine
On ne peut pas couper le lien, mais il faut reprendre le contrôle
Witucki dit que l'Europe doit reprendre le contrôle face à la Chine, mais comment fait-on concrètement ? On arrête d'acheter des composants chinois ?
Non, c'est plus nuancé. Il dit explicitement qu'on ne peut pas couper le lien. L'idée, c'est de créer des centres d'innovation en Europe où la technologie ou l'investissement chinois se développent, mais sous contrôle européen. Comme ce qui s'est passé à Shenzhen il y a 30 ans, mais en Europe cette fois.
D'accord, mais ça reste vague. Quels secteurs ? Quels investissements ? Witucki ne donne pas de chiffres ni de secteurs prioritaires. C'est un diagnostic, pas un plan.
Et sur l'énergie ? Il dit qu'il faut partager les actifs, mais la Pologne elle-même vient de taxer les superprofits. Ça ne contredit pas son message ?
Pas vraiment. Il reconnaît que les positions varient par pays. La Pologne a choisi la taxe, d'autres pays choisissent d'autres outils. Son point, c'est que les solutions à court terme sont limitées. Il faut compter sur une accalmie mondiale.
Mais une accalmie mondiale, c'est hors du contrôle de l'Europe. C'est un peu dire « attendons que ça s'arrange ». Et sur le détroit d'Ormuz, il ne dit rien de ce qu'on pourrait faire.
Il parle beaucoup de l'Ukraine. Pourquoi c'est important pour lui ?
Parce que l'Ukraine a des compétences en ingénierie, en technologie spatiale, en nucléaire. Ces talents pourraient contribuer à la reconstruction européenne et à l'équilibre énergétique. C'est une ressource qu'on oublie souvent.
Oui, mais il dit aussi que les capacités énergétiques ukrainiennes ont été « lourdement frappées ». Donc on parle d'un pays qui doit d'abord se reconstruire lui-même. Le timing n'est pas clair.
Sur le modèle social européen, il insiste beaucoup. Pourquoi c'est une menace maintenant ?
Parce que la compétitivité s'érode, les prix montent, et il y a une tentation de sacrifier les protections sociales pour baisser les coûts. Witucki dit qu'on ne peut pas faire ça. Il faut trouver l'équilibre.
Mais il ne dit pas comment. Et la Pologne elle-même, sous le gouvernement précédent, a affaibli l'État de droit. Witucki en parle comme d'une leçon, mais ça montre aussi que le modèle social n'est pas garanti.
Les nouveaux partenariats commerciaux avec le Mercosur et l'Inde, c'est vraiment une réponse à Trump ?
Oui. Trump a imposé un accord déséquilibré, donc l'Europe cherche d'autres partenaires. Ça donne des débouchés, des matières premières, et des arguments pour négocier avec les États-Unis et la Chine.
Mais ces accords, ils sont signés ou en cours de négociation ? Le Mercosur, oui, mais l'Inde, c'est « dans les prochains mois ». Et on ne sait pas quels termes. C'est une stratégie, pas encore une réalité.
Il Polso
- Maciej Witucki préside BusinessEurope depuis le 1er juillet 2026, représentant 40+ fédérations patronales de 35 pays
- La Pologne a connu une croissance de plus de 3,6 % en 2026 et a reçu 137 milliards d'euros dégelés par l'UE depuis 2023
- L'Europe a signé un traité de libre-échange avec le Mercosur et en profile un avec l'Inde
- BusinessEurope demande un gel des nouvelles réglementations environnementales pour éviter des coûts supplémentaires aux entreprises
Les patrons européens croient en l'Europe malgré les crises multiples ; un pays seul ne peut pas affronter les défis globaux actuels. La dépendance à la Chine a permis des prix bas mais coûte cher ; l'Europe doit reprendre le contrôle technologique sans couper les liens commerciaux.
Le président de BusinessEurope Maciej Witucki appelle à des solutions de long terme face aux crises énergétiques et à la concurrence chinoise, tout en défendant le modèle social européen et l'État de droit.
Maciej Witucki a pris la tête de BusinessEurope le 1er juillet 2026, à la barre de la plus grande organisation patronale du continent. L'organisation représente plus de 40 fédérations nationales issues de 35 pays, ce qui en fait une voix centrale dans les débats économiques européens. Polonais de nationalité, Witucki arrive à ce poste alors que l'Europe fait face à une accumulation de crises : l'énergie flambe, la compétitivité s'érode, et la Chine gagne du terrain sur des secteurs clés comme l'automobile électrique.
Malgré ce tableau sombre, Witucki maintient que les patrons européens croient toujours en l'Europe. Son argument est simple mais fondamental : aucun pays seul ne peut affronter les défis globaux qui se dressent devant nous. Les prix de l'énergie ont explosé, en partie à cause de la situation dans le détroit d'Ormuz, et cette hausse frappe directement les consommateurs par l'inflation tout en menaçant la compétitivité des entreprises. Certains gouvernements ont réagi en baissant les taxes sur les carburants, une mesure d'urgence. Mais Witucki plaide pour des solutions durables : partager davantage les actifs énergétiques à travers un marché unique européen de l'énergie. Les marges de manœuvre à court terme sont limitées, estime-t-il ; il faut compter sur une accalmie mondiale pour que les prix reviennent à un niveau normal.
Sur la question des superprofits, Witucki refuse de prendre position au nom de BusinessEurope. L'organisation n'a pas de position commune : certaines fédérations membres y sont favorables, d'autres non. En Pologne, son propre pays, une taxe sur les superprofits vient d'être signée par le président. Cette fragmentation reflète une réalité plus large : l'Europe agit par pays, pas toujours en bloc. BusinessEurope a également demandé à la Commission européenne de geler les nouvelles réglementations environnementales pour éviter des coûts supplémentaires aux entreprises. Cette demande a provoqué des réactions vives des organisations écologistes, qui craignent qu'un report des législations vertes n'affaiblisse le Pacte vert européen sans restaurer la compétitivité. Witucki nuance : personne ne veut abandonner la défense de la planète, surtout après les canicules récentes, mais l'Europe doit mieux calculer ses objectifs, les coûts associés, et l'impact sur les prix et la compétitivité.
Witucki s'est rendu plusieurs fois en Ukraine et voit dans ce pays un réservoir de talents et de capacités. Les Ukrainiens reconstruisent depuis le premier jour de l'invasion russe, et ils le font bien. Historiquement, l'Ukraine était un centre d'ingénierie, d'aviation et de technologie spatiale, même à l'époque soviétique. Ces compétences se manifestent aujourd'hui dans la création de nouveaux drones de défense, des technologies qui pourraient aussi avoir des applications civiles en agriculture ou dans l'industrie. L'Ukraine possède aussi une forte expérience nucléaire. Avec la renaissance du nucléaire en Europe, cette expertise pourrait contribuer à mieux équilibrer les réseaux énergétiques européens, bien que les capacités énergétiques du pays aient été lourdement frappées par la guerre.
Le défi le plus aigu pour l'industrie européenne se cristallise autour de la voiture électrique, où les constructeurs chinois gagnent du terrain. Witucki diagnostique le problème avec clarté : l'Europe est devenue trop dépendante de la Chine. Cette dépendance s'est construite parce qu'elle permettait à l'Europe de poursuivre ses ambitions de développement tout en bénéficiant de prix bas. Il faudra en payer le prix. L'époque des produits bon marché ne disparaîtra peut-être pas complètement, mais elle sera modérée. Witucki reconnaît une naïveté historique : il y a 30 ans, l'Europe a investi massivement ses technologies à Shenzhen, en Chine. Aujourd'hui, il faut créer des Shenzhen européens, des centres d'innovation où la technologie chinoise ou l'investissement chinois se développent, mais sous contrôle européen. On ne peut pas couper le lien avec la Chine, mais on doit reprendre le contrôle, sur les technologies comme sur les entreprises elles-mêmes.
La trajectoire de Witucki lui-même incarne une leçon polonaise. La Pologne a connu une croissance supérieure à 3,6 % en 2026. Depuis le retour de Donald Tusk au pouvoir en 2023, l'Union européenne a dégelé 137 milliards d'euros qui avaient été retenus en raison de manquements à l'État de droit sous le gouvernement ultraconservateur précédent. Pour Witucki, la Pologne offre plusieurs enseignements : l'entrepreneuriat, l'ouverture au secteur privé, un équilibre renouvelé avec les partenaires sociaux. Le modèle social européen ne peut pas être sacrifié. La défense de l'État de droit est centrale, comme l'a montré la Pologne après huit années d'un régime qui n'était pas tout à fait libéral. Mais pour que les citoyens adhèrent à cette défense, il faut des propositions intéressantes : un retour à la croissance, portée par les patrons, les partenaires sociaux et les politiques.
La pression exercée par le président américain Donald Trump a forcé les Européens à repenser leur stratégie commerciale. Trump a imposé un accord déséquilibré, poussant l'Europe à chercher des partenaires ailleurs. Witucki voit là une ouverture : cette pression a ouvert les yeux aux Européens et les a poussés vers plus d'agressivité et d'action internationale. L'Europe a signé un traité de libre-échange avec les pays du Mercosur et en profile un avec l'Inde dans les prochains mois. Cette multiplication de partenaires offre des débouchés pour les exportations, des accès à des matières premières dont l'Europe aura besoin, et des arguments pour les négociations futures avec les États-Unis et la Chine. L'Europe, en d'autres termes, se construit une marge de manœuvre.
Citazioni salienti
Un pays seul ne peut pas faire face à tous ces défis globaux— Maciej Witucki
Le modèle social européen, on ne peut pas se permettre de le perdre— Maciej Witucki