Washington presse l'Europe de libérer ses réserves de diesel sous menace

On ne peut pas prétendre avoir un dialogue et ensuite avoir des mesures brutales
Le ministre français du Commerce extérieur avertit contre une approche unilatérale américaine sans consensus.
Mark

Pourquoi Washington exerce-t-il cette pression maintenant, précisément ?

Mimi

Parce que les prix du diesel atteignent des niveaux insoutenables — 6,53 dollars le gallon aux États-Unis, un record. Les agriculteurs et les transporteurs routiers américains sont en difficulté. Washington veut que l'Europe partage le fardeau en libérant ses réserves stratégiques.

Luke

Mais attendez — est-ce que Washington a vraiment menacé d'interdire les exportations, ou c'est juste ce que la presse rapporte ? Bessent et Wright n'ont pas dit ça publiquement.

Mimi

C'est vrai. Selon plusieurs sources de presse, c'est la menace sous-jacente. Sefcovic a dit que ce serait une « mauvaise surprise », mais il n'a pas confirmé que la menace avait été formulée.

Mark

Donc c'est une pression implicite, pas explicite ?

Mimi

Exactement. Trump dit qu'il « pourrait » demander aux Européens de puiser dans leurs réserves. C'est ambigu, mais c'est clairement une menace.

Luke

Et les causes de la crise ? Sont-elles vraiment équitables à partager ?

Mimi

Non, c'est compliqué. Les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes et le blocus iranien du détroit d'Ormuz réduisent l'offre mondiale. Ce n'est pas un problème créé par l'Europe.

Mark

Alors pourquoi l'Europe devrait-elle libérer ses réserves stratégiques ?

Mimi

C'est la question que posent implicitement les Européens. Forissier a dit qu'on ne peut pas avoir un dialogue et ensuite des mesures brutales sans consensus.

Luke

Les réserves stratégiques européennes sont-elles vraiment disponibles ? Quel est leur volume ?

Mimi

La source ne le dit pas. On sait que l'UE a convoqué une réunion d'urgence vendredi, mais on ne sait pas quelle est la capacité réelle à libérer du diesel.

Mark

Et si l'Europe refuse ?

Mimi

Alors Washington pourrait interdire ses exportations de diesel, ce qui aggraverait la crise en Europe. C'est l'enjeu réel.

  • Le prix du gazole atteint 2,24 euros le litre en moyenne dans l'UE et 6,53 dollars le gallon aux États-Unis
  • Scott Bessent, ministre américain des Finances, exige une mise en marché « immédiate » de volumes supplémentaires
  • Washington menacerait d'interdire l'exportation de diesel américain si l'Europe refuse
  • Les attaques ukrainiennes sur les raffineries russes et le blocus iranien du détroit d'Ormuz réduisent l'offre mondiale
  • Une réunion d'urgence de l'UE est convoquée vendredi ; Macron prépare une réunion du G7

Le ministre américain des Finances Scott Bessent exige une mise en marché « immédiate » de volumes supplémentaires de diesel par les pays européens. Le prix du gazole atteint 2,24 euros le litre en moyenne dans l'UE et 6,53 dollars le gallon aux États-Unis, pénalisé par les attaques ukrainiennes sur les raffineries russes et le blocus iranien du détroit d'Ormuz.

Les États-Unis pressent l'Europe de mettre immédiatement du diesel sur le marché depuis ses réserves stratégiques, menaçant d'interdire les exportations américaines en cas de refus. Les prix du gazole atteignent des records historiques des deux côtés de l'Atlantique.

Le jeudi 1er octobre, alors que les prix du gazole atteignaient des sommets historiques des deux côtés de l'Atlantique, Washington a adressé un ultimatum à l'Europe. Le ministre américain des Finances Scott Bessent a publié sur les réseaux sociaux un appel direct aux pays européens : mettre « immédiatement » sur le marché des volumes supplémentaires de diesel prélevés sur leurs réserves stratégiques. Son collègue de l'Énergie, Chris Wright, a renchéri auprès de Fox News en déclarant que « l'Europe peut elle aussi contribuer à améliorer la situation » et en appelant à « une mise sur le marché coordonnée des stocks de diesel » avant l'arrivée de l'hiver. Le ton était pressant, mais pas encore menaçant — du moins publiquement.

Car en arrière-plan, selon plusieurs informations de presse, l'administration américaine brandissait une arme commerciale. Si la France, l'Allemagne et d'autres pays européens refusaient de libérer leurs réserves de gazole, Washington menacerait d'interdire purement et simplement l'exportation de diesel américain vers l'Europe. C'était une pression à peine voilée, formulée non pas dans les discours officiels mais dans les coulisses diplomatiques. Le président Donald Trump lui-même avait adopté un ton plus mesuré lors d'un déplacement au Texas, déclarant qu'il « pourrait » demander aux Européens de puiser dans leurs stocks — une formulation qui laissait la menace suspendue dans l'air.

La crise énergétique qui provoquait cette tension était bien réelle. Le prix du gazole dans l'Union européenne avait atteint une moyenne hebdomadaire de 2,24 euros le litre, un record absolu selon les données compilées par la Commission européenne. Aux États-Unis, la situation était tout aussi critique : le diesel s'échangeait à 6,53 dollars le gallon, soit environ 1,73 dollar le litre, un niveau record selon l'association automobile américaine. Les raffineries des deux continents tournaient à plein régime, transformant le pétrole brut en carburant aussi vite que possible, mais cela ne suffisait pas. Deux chocs d'approvisionnement convergeaient : les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes réduisaient l'offre mondiale, tandis que le blocus iranien du détroit d'Ormuz — l'une des routes maritimes les plus critiques pour le commerce pétrolier — privait le marché d'une quantité importante de carburant.

La réaction européenne fut prudente. Maros Sefcovic, le commissaire européen au Commerce, a qualifié l'interdiction potentielle des exportations américaines de « mauvaise surprise » et a averti des « conséquences très lourdes » pour l'économie européenne. Cependant, il n'a pas confirmé que Washington avait formellement présenté cette menace — une ambiguïté révélatrice de la nature délicate des négociations en cours. Nicolas Forissier, le ministre français du Commerce extérieur, a été plus direct dans son avertissement : « Ce qui est certain c'est qu'on ne peut pas prétendre avoir un dialogue et ensuite avoir des décisions ou des mesures qui soient brutales ou en tout cas ne reposent pas sur un consensus issu d'un dialogue ».

Face à cette crise, l'Europe s'organisait en urgence. La Commission européenne a convoqué une réunion pour le vendredi matin avec les pays membres de l'UE afin de travailler à une réponse coordonnée, bien que le porte-parole n'ait pas précisé si l'objectif était de répondre directement à la demande américaine. De son côté, Emmanuel Macron préparait une réunion des dirigeants du G7 pour discuter « de la coordination sur la libération des stocks au niveau du G7 en lien avec l'Agence internationale de l'énergie ». Le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a affirmé après les réunions du G20 qu'il existait une « volonté des deux côtés de travailler ensemble » pour résoudre la crise.

Mais sous cette rhétorique de coopération se cachait une tension fondamentale. Scott Bessent avait justifié la pression américaine en déclarant que « les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises américains ne devraient pas avoir à supporter seuls le poids d'une pénurie mondiale de diesel ». Trump, lui, mettait l'accent sur les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes, laissant de côté les perturbations liées à son conflit avec l'Iran. Le président avait brièvement exprimé son soutien à une interdiction temporaire des exportations de gazole, une mesure réclamée par certains élus de son camp, mais il n'avait pas réitéré récemment ce soutien — jugé risqué par certains de ses conseillers — tout en refusant de lever explicitement la menace.

Ce qui se jouait était une négociation énergétique de haut niveau, où les États-Unis tentaient de faire peser sur l'Europe le coût de la crise mondiale du diesel. Les Européens, de leur côté, cherchaient à maintenir un dialogue tout en refusant de se laisser dicter leurs politiques énergétiques. Les réunions de vendredi et du G7 à venir diraient si un accord était possible ou si la menace commerciale américaine serait mise à exécution.

Les agriculteurs, les transporteurs routiers et les entreprises américains ne devraient pas avoir à supporter seuls le poids d'une pénurie mondiale de diesel
— Scott Bessent, ministre américain des Finances
On ne peut pas prétendre avoir un dialogue et ensuite avoir des décisions ou des mesures qui soient brutales ou en tout cas ne reposent pas sur un consensus issu d'un dialogue
— Nicolas Forissier, ministre français du Commerce extérieur
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