En France, la pauvreté extrême n'est pas un destin réservé à une minorité lointaine : une étude économique d'envergure, fondée sur les données de millions de bénéficiaires des Restos du cœur entre 2018 et 2025, révèle qu'une personne sur dix court le risque d'y basculer dans la prochaine décennie. Le chômage et la hausse des loyers en sont les portes d'entrée les plus sûres, tandis que la reprise économique générale, elle, ne suffit pas à en sortir. Ce que les chiffres dessinent, c'est moins une exception sociale qu'une vulnérabilité diffuse, traversant silencieusement le tissu ordinaire de la
Une personne sur dix en France risque la précarité alimentaire d'ici dix ans
Une minorité de 14% reste dépendante plus de trois ans
Pourquoi cette étude nous dit-elle que une personne sur dix risque la précarité alimentaire ? C'est un chiffre qui vient d'où exactement ?
L'étude prend les données de cinq millions et demi de personnes qui ont eu recours aux Restos du cœur entre 2018 et 2025, et elle analyse comment ces gens entrent et sortent de la précarité. En extrapolant ces patterns à la population française, les chercheurs estiment qu'une personne sur dix pourrait connaître cette situation dans les dix ans à venir.
Mais c'est important de noter : ce chiffre repose sur l'hypothèse que les patterns observés chez les utilisateurs des Restos du cœur se généralisent à toute la population. Ce n'est pas une prédiction certaine, c'est une projection basée sur un modèle.
Et qui sont vraiment ces gens qui demandent de l'aide ? Sont-ce toujours les mêmes ?
Non, c'est justement ce qui est frappant. Neuf sur dix sont sans emploi, mais ça inclut des étudiants, des retraités, des personnes handicapées. Et 40% vivent sans logement stable. Un quart des bénéficiaires sont des enfants de moins de dix ans.
Ce qu'il faut ajouter : la majorité reste en aide alimentaire seulement un an. Donc l'effectif se renouvelle constamment. C'est un flux, pas une population figée.
L'étude dit que le chômage et les loyers sont les principaux facteurs. Ça veut dire que si on agit sur ces deux domaines, on peut vraiment prévenir la pauvreté ?
C'est ce que suggère l'étude, oui. Une hausse de 10% du chômage entraîne 13% plus de cas de précarité alimentaire. Donc théoriquement, des politiques de l'emploi et du logement social pourraient bloquer ces basculements.
Mais attention : l'étude montre aussi que les paramètres macroéconomiques n'aident pas les gens à sortir de la précarité une fois qu'ils y sont. Une reprise économique générale ne suffit pas. Il faut un soutien ciblé et précoce.
Donc même si on crée des emplois, ça ne suffit pas à aider ceux qui sont déjà tombés ?
Exactement. C'est une distinction importante. Prévenir l'entrée, c'est une chose. Aider à la sortie, c'en est une autre. Et ça demande une approche différente.
Et c'est là que l'étude devient prescriptive : elle dit qu'il faut du soutien précoce et ciblé. Mais elle ne détaille pas ce que ça signifie concrètement en termes de politique publique.
Le Pouls
- 5,5 millions de personnes ont sollicité l'aide alimentaire des Restos du cœur en sept ans, dont un quart sont des enfants de moins de dix ans vivant sans adresse stable.
- Une hausse de 10% du chômage entraîne mécaniquement 13% de cas supplémentaires de précarité alimentaire — un lien direct entre le marché du travail et la faim.
- 14% des bénéficiaires restent dépendants de l'aide alimentaire pendant plus de trois ans, révélant une frange de la population pour qui la précarité n'est pas une parenthèse mais une condition durable.
- Les grandes reprises économiques ne suffisent pas à sortir les plus vulnérables de la pauvreté : seul un soutien précoce, ciblé et personnalisé peut inverser les trajectoires individuelles.
- Les chercheurs appellent à des politiques publiques ciblant explicitement le logement et l'emploi pour prévenir les basculements, avant que la chute ne devienne irréversible.
En France, la pauvreté extrême n'est pas un destin réservé à une minorité lointaine : une étude économique d'envergure, fondée sur les données de millions de bénéficiaires des Restos du cœur entre 2018 et 2025, révèle qu'une personne sur dix court le risque d'y basculer dans la prochaine décennie. Le chômage et la hausse des loyers en sont les portes d'entrée les plus sûres, tandis que la reprise économique générale, elle, ne suffit pas à en sortir. Ce que les chiffres dessinent, c'est moins une exception sociale qu'une vulnérabilité diffuse, traversant silencieusement le tissu ordinaire de la vie française.
Entre 2018 et 2025, cinq millions et demi de personnes ont eu recours à l'aide alimentaire des Restos du cœur. Derrière ce chiffre, une étude menée par cinq économistes européens et américains dévoile une réalité plus vaste encore : une personne sur dix en France risque de tomber dans la précarité alimentaire au cours des dix prochaines années. Pour la première fois, des chercheurs ont pu cartographier les dynamiques de l'extrême pauvreté grâce aux millions de données collectées par l'association — un terrain longtemps négligé faute d'informations fiables sur les populations les plus fragiles.
Les bénéficiaires restent accompagnés en moyenne dix-huit mois. Si la majorité parvient à s'en sortir en moins d'un an, 14% demeurent dans la dépendance au-delà de trois ans. Ce renouvellement constant élargit le bassin réel des personnes touchées bien au-delà des statistiques annuelles. Le portrait de ces bénéficiaires révèle une France fragmentée : neuf sur dix sont sans emploi, plus de quatre sur dix vivent en situation de précarité résidentielle, et un quart d'entre eux sont des enfants de moins de dix ans, grandissant sans adresse fixe ni certitude du repas suivant.
L'étude identifie deux facteurs déterminants dans l'entrée en grande pauvreté : le chômage et le prix des loyers. Une hausse de 10% du taux de chômage se traduit par 13% de cas supplémentaires de précarité alimentaire. Mais l'analyse révèle aussi une asymétrie troublante : si ces variables expliquent bien la chute, une amélioration macroéconomique générale ne suffit pas à en sortir. Les chercheurs en tirent une conclusion nette — prévenir les basculements passe par des politiques ciblées sur l'emploi et le logement, mais accompagner ceux qui sont déjà tombés exige un soutien structuré, pensé pour les trajectoires individuelles plutôt que pour les agrégats statistiques.
Entre 2018 et 2025, cinq millions et demi de personnes ont frappé à la porte des Restos du cœur au moins une fois pour obtenir de l'aide alimentaire. Ce chiffre brut cache une réalité plus large : selon une étude économique publiée lundi, une personne sur dix en France court le risque de basculer dans la précarité alimentaire au cours de la prochaine décennie. L'étude, menée par cinq chercheurs en économie basés en Europe et aux États-Unis, s'appuie sur des millions de données collectées par l'organisation caritative pour cartographier les dynamiques de l'extrême pauvreté — un domaine que les économistes ont longtemps laissé de côté, faute de données fiables sur les populations les plus vulnérables.
Ceux qui se tournent vers l'aide alimentaire restent accompagnés en moyenne dix-huit mois. La majorité parvient à s'en sortir au bout d'une année, mais une minorité persistante — 14% — demeure dépendante de cette aide pendant plus de trois ans. Cette rotation constante de l'effectif signifie que le bassin de personnes touchées s'élargit bien au-delà des chiffres annuels : c'est un flux continu de précarité qui traverse la population française. Alexandre Gaillard, l'un des auteurs de l'étude et maître de conférences en économie à l'Université de Brown, a souligné lors d'une conférence de presse que ce renouvellement permanent de l'échantillon confirme l'ampleur du phénomène.
Le portrait de ceux qui demandent de l'aide révèle une France fragmentée. Neuf personnes sur dix parmi les bénéficiaires sont sans emploi — un chiffre qui englobe 3% d'étudiants, 10% de personnes handicapées et 11% de retraités. Plus de quatre sur dix vivent en situation de précarité résidentielle : hébergées chez d'autres, en centre d'urgence, ou à la rue. Parmi ces derniers, un quart sont des enfants de moins de dix ans. Ces enfants grandissent dans l'instabilité, sans adresse stable, sans garantie du repas suivant.
Les chercheurs ont disséqué les facteurs qui poussent les gens vers la pauvreté extrême et ceux qui les en sortent. Ils ont examiné le taux de chômage, les revenus moyens, l'inflation, le nombre d'entreprises, la disponibilité de logements sociaux. Deux variables se sont détachées comme déterminantes : le chômage et le prix des loyers. Quand le taux de chômage augmente de 10%, le nombre de personnes en précarité alimentaire grimpe de 13%, et celui des personnes en précarité résidentielle de 10%. Ces chiffres ne sont pas des corrélations abstraites — ils traduisent des familles qui perdent leur revenu et ne peuvent plus payer ni le loyer ni la nourriture.
Mais l'étude révèle aussi une asymétrie troublante : si le chômage et les loyers expliquent bien l'entrée dans la pauvreté, les paramètres macroéconomiques larges n'ont pas d'impact significatif sur la sortie. Autrement dit, une reprise économique générale ne suffit pas à tirer les gens de la précarité. Ceux qui y sont tombés ont besoin d'un soutien précoce et ciblé — une intervention directe et personnalisée, pas seulement une amélioration du contexte économique global. Les conclusions pointent vers une direction claire : les politiques publiques qui agissent sur le marché du travail et celui du logement sont en mesure de prévenir les basculements dans la grande pauvreté. Mais une fois qu'on y est, il faut autre chose — une aide structurée, pensée pour les trajectoires individuelles, pas pour les agrégats statistiques.
Citations marquantes
L'extrême pauvreté reste un angle mort des études économiques, notamment en raison du manque de données sur les populations les plus précaires— Alexandre Gaillard, maître de conférences en économie à l'Université de Brown
Les politiques publiques agissant sur les marchés du travail et du logement sont en mesure d'aider à prévenir les basculements dans la grande pauvreté— Conclusion de l'étude