Sébastien Delogu : cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate requis à Marseille

Le plaignant, Isidore Aragones, 79 ans, affirme avoir été mis en danger et vivre dans la peur, après avoir été stigmatisé en tant que juif dans la diffusion des documents.
« Il a volé ma vie » : le plaignant face au député qui se tait
Isidore Aragones, 79 ans, a apostrophé Sébastien Delogu à l'audience de Marseille.
Mark

Pourquoi cette affaire dépasse-t-elle un simple vol de documents ?

Mimi

Parce que le parquet y voit une instrumentalisation d'un conflit social. Isidore Aragones, ancien responsable local du Crif, aurait été stigmatisé en tant que juif quand son projet de voyage en Israël a été publié.

Luke

Précision : c'est la lecture de la procureure. Le député, lui, rejette l'idée et dit qu'il ne parlerait jamais de communauté juive.

Mark

Que sait-on de la façon dont il a eu les documents ?

Mimi

Rien de plus. Il a dit que personne ne les lui avait remis en main propre, sans expliquer davantage.

Luke

Et il a invoqué son droit au silence. Le compte rendu ne dit donc pas qui a pris le dossier, seulement que des représentants du personnel ont envahi le bureau.

Mark

Pourquoi demander une exécution immédiate de l'inéligibilité ?

Mimi

La procureure invoque la gravité des faits, et rappelle la condamnation de 2025 et l'audience du 13 novembre.

Luke

Ce sont des réquisitions, pas une décision. Le tribunal peut suivre ou non, réponse le 11 décembre.

Mark

Et la défense ?

Mimi

Elle plaide l'apaisement, et souligne que l'inéligibilité priverait des habitants des quartiers populaires d'un lien avec l'État.

  • Un chef d'entreprise nommé pour apaiser une grève se retrouve visé par des documents volés, publiés sur Instagram cinq jours après les faits.
  • Le parquet de Marseille demande cinq ans d'inéligibilité avec exécution immédiate contre le député Sébastien Delogu, qualifiant son geste de franchissement définitif de la ligne rouge.
  • Le plaignant, Isidore Aragones, 79 ans, dit vivre dans la peur après avoir été stigmatisé en tant que juif dans la diffusion des pièces.
  • Le député, qui a gardé le silence sur l'origine des documents, s'excuse sans retirer son accusation, tandis qu'une nouvelle audience pour outrage le 13 novembre pèse déjà sur lui.
  • Le délibéré est fixé au 11 décembre, et la décision sur l'inéligibilité pourrait peser lourdement sur sa carrière politique.

Dans les couloirs du tribunal correctionnel de Marseille, un élu de la France insoumise se retrouve face à un homme de soixante-dix-neuf ans dont la vie a basculé dans une querelle qui dépassait largement une grève de nettoyeurs. Le parquet réclame une peine lourde, cinq ans d'inéligibilité immédiatement applicable, dans une affaire où se croisent la tentation de faire passer un combat politique par les réseaux sociaux, la fragilité de la vie privée et le poids des mots quand ils désignent un homme par son origine. Le jugement attendu le 11 décembre dira où la justice place la limite entre engagement et exposition.

Mercredi, devant le tribunal correctionnel de Marseille, Isidore Aragones, 79 ans, est resté debout pendant presque toute l'exposition des faits. En face de lui, le député Sébastien Delogu a choisi le silence. Le parquet a requis contre lui cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, deux ans de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende.

Tout commence à Laser Propreté, société de nettoyage chargée de la gare Saint-Charles à Marseille. En septembre 2024, une grève laisse les poubelles s'entasser dans la gare. Isidore Aragones, nommé une semaine plus tôt pour apaiser le conflit, voit un dossier de mails imprimés disparaître de son bureau après une intrusion de représentants du personnel. Cinq jours plus tard, Sébastien Delogu publie certaines de ces pièces sur Instagram, dont le projet de l'ancien président local du Crif de se rendre en Israël pour témoigner sa reconnaissance à Tsahal. Le député, défenseur de la cause palestinienne, dénonçait les liens de l'entreprise avec Israël. À l'audience, il n'a pas dit comment il s'était procuré ces documents.

Le plaignant a vivement réagi à ce silence. « Il a volé ma vie », a-t-il lancé, disant craindre encore qu'il lui arrive quelque chose. La procureure a dénoncé une instrumentalisation d'un conflit social pour jeter l'opprobre sur un homme stigmatisé en tant que juif, dans un contexte où le conflit israélo-palestinien s'importe en France par les réseaux sociaux.

Le député n'a présenté que des excuses, admettant avoir été « peut-être mal conseillé », tout en rejetant l'idée qu'il viserait la communauté juive. Son avocat a plaidé l'apaisement, évoquant le parcours d'un homme « parti de très bas ». Il a aussi mis en garde contre les effets d'une inéligibilité qui priverait beaucoup d'électeurs d'un lien avec l'État.

Le jugement est attendu le 11 décembre. Une autre audience, pour outrage après une altercation avec deux policiers, doit se tenir le 13 novembre, et l'élu avait déjà été condamné en 2025 pour violence aggravée.

Mercredi, devant le tribunal correctionnel de Marseille, Isidore Aragones, 79 ans, est resté longtemps debout pendant l'exposé des faits. Face à lui, le député LFI Sébastien Delogu, qui avait choisi de garder le silence. Le parquet a requis contre l'élu cinq ans d'inéligibilité avec exécution provisoire, c'est-à-dire applicable immédiatement, en plus de deux ans de prison avec sursis et de 10 000 euros d'amende.

La procureure Audrey Jouaneton a justifié cette peine complémentaire par la « gravité des faits » reprochés au parlementaire, poursuivi pour avoir divulgué des documents privés volés à un chef d'entreprise. Selon elle, le député « a sali sa fonction ». Le jugement a été mis en délibéré au 11 décembre.

Tout part d'un conflit social à Laser Propreté, société de nettoyage marseillaise chargée de la gare Saint-Charles. En septembre 2024, une grève des salariés laisse les poubelles s'amonceler dans la gare. Le 19 septembre, plusieurs représentants du personnel envahissent le bureau du dirigeant, Isidore Aragones, nommé une semaine plus tôt pour tenter d'apaiser le conflit. Ancien président local du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), il constate ensuite la disparition d'un dossier contenant de nombreux mails imprimés.

Cinq jours plus tard, Sébastien Delogu publie certains de ces documents sur son compte Instagram. Il y révèle notamment le projet d'Isidore Aragones de se rendre en Israël pour témoigner de sa « reconnaissance » à Tsahal, un soutien que ce dernier n'a jamais dissimulé. Le député, fervent défenseur de la cause palestinienne, dénonçait les liens de l'entreprise avec Israël. À l'audience, il n'a pas dit comment il s'était procuré ces pièces, affirmant seulement que « jamais personne » ne les lui avait remises en main propre.

Son silence a provoqué la colère du plaignant, qui l'a vivement apostrophé et y a vu un « véritable mépris vis-à-vis de la justice » que l'élu prétend défendre. « Il a volé ma vie », a lancé le retraité, ajoutant avoir été mis en danger et craindre toujours qu'il lui arrive quelque chose. Son avocat, Dominique Mattei, a estimé qu'il avait été « jeté en pâture ».

La procureure est allée plus loin : elle a dénoncé l'instrumentalisation d'un conflit social pour jeter l'opprobre sur Isidore Aragones, « stigmatisé en tant que juif » dans un contexte d'« importation du conflit » israélo-palestinien en France, amplifié par la puissance des réseaux sociaux. Le parquet a aussi rappelé, dans une longue chronologie, qu'un ancien syndicaliste de Laser, placé sur écoute dans une enquête pénale sur la gestion de l'entreprise, avait exprimé son désaccord avec la divulgation de ces documents.

Sébastien Delogu n'a pris la parole que pour présenter ses « excuses sincères » au plaignant, admettant avoir été « peut-être mal conseillé » et avoir commis « des erreurs, des maladresses ». Dans ses derniers mots, il a rejeté l'accusation : jamais il ne se permettrait de parler de « communauté » juive, car pour lui « la communauté c'est la République et tous ses enfants en font partie ».

Pour le ministère public, l'ancien candidat à la mairie de Marseille, qui a recueilli 11,9 % des voix au premier tour en 2026, « a définitivement franchi la ligne rouge ». Son avocat, Yones Taguelmint, a plaidé l'apaisement et la reconnaissance, évoquant un homme « parti de très bas, qui a su s'élever », avec ses défauts. Sur l'inéligibilité, il a soulevé un enjeu : priver beaucoup de gens d'un lien avec l'État.

Les réquisitions tiennent aussi compte des ennuis judiciaires récents du député, condamné en 2025 pour violence aggravée contre deux cadres de l'Éducation nationale. Il doit encore être jugé le 13 novembre pour outrage, après une altercation avec deux policiers. La décision du tribunal est attendue le 11 décembre.

Il a volé ma vie. J'ai été mis en danger, j'ai toujours peur qu'il m'arrive quelque chose.
— Isidore Aragones, plaignant
Il a définitivement franchi la ligne rouge et s'est montré indigne.
— Le parquet de Marseille
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