Manifestations massives en Espagne pour le droit au logement, gouvernement en crise

Une octogénaire a été expulsée de son logement après 70 ans de résidence suite à une augmentation de loyer de 275 %; neuf policiers légèrement blessés et cinq interpellations lors d'affrontements à Valence.
Huit jours de pouvoir populaire font plus que huit ans de gouvernement
Valeria Racu, porte-parole du syndicat des locataires, critique l'inaction du gouvernement Sanchez face à la crise du logement.
Mark

Pourquoi cette manifestation a-t-elle explosé maintenant, précisément ce samedi ?

Mimi

L'expulsion de Maricarmen Abascal a été le détonateur. Une femme de 87 ans chassée après 70 ans dans le même appartement, c'est devenu le symbole vivant de ce que les gens ressentaient depuis longtemps. Et puis le gouvernement venait de se faire rejeter ses mesures de protection la veille.

Luke

Mais attendez — le rejet des mesures était prévu avant la manifestation, non ? Les organisateurs avaient déjà planifié le défilé. Donc ce n'est pas vraiment le rejet qui a déclenché la manifestation, c'est plutôt que la manifestation a eu lieu juste après, ce qui a amplifié le message.

Mimi

C'est juste. Mais le timing a créé une convergence. Les gens qui étaient déjà en colère se sont retrouvés dans la rue au moment exact où le gouvernement montrait son impuissance.

Mark

Les chiffres de participation — 70 000 selon les autorités, 500 000 selon les organisateurs — c'est un écart énorme. Qu'est-ce qu'on peut vraiment affirmer ?

Luke

On ne peut affirmer que l'écart lui-même. Les deux chiffres viennent de sources intéressées. Ce qu'on sait, c'est que c'était massif, que plusieurs cortèges ont convergé, et que ça s'est reproduit dans d'autres villes. Mais le nombre exact ? Personne ne le sait vraiment.

Mimi

Ce qui compte, c'est que c'était assez important pour que le gouvernement envisage sérieusement des élections anticipées. Ça, c'est mesurable.

Mark

Et les gens qui ont défilé — ce sont des militants de longue date ou des gens ordinaires qui n'avaient jamais manifesté ?

Mimi

Surtout des gens ordinaires. Un libraire, une jardinière, un installateur de panneaux solaires. Des gens qui ne peuvent tout simplement pas se payer un logement décent avec leur salaire.

Luke

Mais on n'a que quelques témoignages. On ne sait pas vraiment qui composait la foule. Les personnes interrogées par l'AFP sont peut-être représentatives, ou peut-être pas.

Mimi

C'est vrai. Mais leurs histoires — 1 000 euros pour un deux-pièces, la moitié du salaire qui part en loyer — ce sont des chiffres qu'on entend partout en Espagne.

Mark

Le gouvernement Sanchez va-t-il vraiment dissoudre l'assemblée ?

Mimi

Il s'est donné quelques jours pour décider. Mais politiquement, il est coincé. Ses mesures ont été rejetées, la rue le demande, et les élections sont prévues en 2027 de toute façon.

Luke

On ne sait pas ce qu'il va faire. La presse espagnole dit qu'il envisage des élections anticipées, mais c'est une évaluation, pas une confirmation. Il pourrait aussi chercher d'autres alliances parlementaires.

  • Entre 70 000 et 500 000 manifestants à Madrid samedi 3 octobre
  • Maricarmen Abascal, 87 ans, expulsée après 70 ans de résidence, loyer augmenté de 275 %
  • Rejet vendredi des mesures gouvernementales de protection des locataires vulnérables
  • Affrontements à Valence : 9 policiers blessés, 5 interpellations
  • Manifestations dans plusieurs villes : Palma de Majorque, Santander, Ségovie, Tolède, Barcelone

Entre 70 000 et 500 000 manifestants ont convergé à Madrid samedi, avec des cortèges dans plusieurs villes espagnoles réclamant un droit au logement décent face à la crise immobilière. L'expulsion de Maricarmen Abascal, 87 ans, dont le loyer devait augmenter de 275 %, a cristallisé la colère contre les fonds d'investissement et les plateformes touristiques accusés de faire flamber les prix.

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi en Espagne pour le droit au logement, notamment à Madrid où 70 000 à 500 000 personnes ont défilé. Le mouvement fait suite à l'expulsion d'une octogénaire et intervient après le rejet des mesures gouvernementales.

Samedi 3 octobre, les rues de Madrid se sont remplies d'une foule dont la taille reste disputée : les autorités comptaient 70 000 personnes, le syndicat des locataires en revendiquait 500 000. Ce qui ne fait aucun doute, c'est que des dizaines de milliers d'Espagnols ont convergé vers le centre de la capitale, marchant derrière une banderole proclamant « Vers la grève générale ». Des manifestations similaires ont éclaté dans d'autres villes — Palma de Majorque, Santander, Ségovie, Tolède — tandis qu'à Barcelone l'orage a forcé l'annulation et qu'à Valence quelques affrontements ont fait neuf blessés légers parmi les policiers et entraîné cinq interpellations.

Ce mouvement de protestation s'est cristallisé autour d'une histoire singulière devenue emblématique. Maricarmen Abascal, 87 ans, a été expulsée de l'appartement madrilène où elle vivait depuis sept décennies. La raison : la société immobilière qui avait acheté le bâtiment voulait augmenter son loyer de 275 %. Son cas a transformé une crise économique abstraite en visage humain, en grand-mère chassée de chez elle, et a déclenché une vague de colère qui débordait largement le samedi des manifestations.

Les protestataires qui ont défilé ne sont pas des militants professionnels mais des gens ordinaires étouffés par des loyers qui grimpent sans fin. Adhara Freile, 41 ans, jardinière, vit avec son compagnon dans un petit appartement d'une pièce à Villaverde, un quartier excentré de Madrid. Elle redoute que lorsque son bail arrivera à échéance l'année prochaine, elle ne puisse plus se le permettre, comme cela s'est produit pour d'autres résidents de son immeuble. Marcos Sainz, libraire de 26 ans, a vu les prix exploser : il louait autrefois un trois-pièces avec des amis pour 900 euros ; aujourd'hui, un deux-pièces coûte souvent 1 000 euros. « Et encore, je me sens privilégié parce que je peux me le permettre », dit-il, avant d'ajouter qu'il continuera à protester « jusqu'à ce que quelqu'un ose réglementer tout ça ». Javier, 31 ans, installateur de panneaux photovoltaïques, partage un appartement de 90 mètres carrés avec trois autres personnes et consacre la moitié de son salaire à une minuscule chambre.

Valeria Racu, porte-parole du syndicat des locataires qui a organisé le mouvement, a déclaré à la presse que « ce qui se respire dans les rues, c'est une nouvelle énergie », une énergie capable de faire en huit jours ce que huit ans de gouvernement progressiste n'avaient pas réussi. C'était une pique directe adressée au gouvernement de Pedro Sanchez, dont les mesures de protection des locataires venaient d'être rejetées la veille par les députés.

Ce rejet, survenu vendredi, a jeté de l'huile sur le feu. Le gouvernement avait proposé de suspendre jusqu'en 2030 les expulsions de personnes vulnérables, de prendre des mesures contre les fonds d'investissement dits « vautours », et d'instaurer le renouvellement automatique des contrats de location. Aucune de ces propositions n'a franchi le vote parlementaire. La défaite législative a relancé les spéculations sur la fin de la législature, normalement prévue en 2027, et selon la presse espagnole, le Premier ministre s'est donné quelques jours pour décider s'il convoquerait des élections anticipées.

La crise du logement en Espagne n'est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, le manque de logements abordables figure parmi les principaux problèmes sociaux du pays. Les plateformes touristiques comme Airbnb et les fonds d'investissement sont largement accusés d'avoir fait flamber les prix en achetant massivement des biens immobiliers et en réduisant l'offre disponible pour les résidents. À Madrid, un campement de militants s'était installé une semaine durant sur une place touristique centrale, transformant la protestation en présence physique permanente.

Javier, le jeune installateur de panneaux solaires, a résumé le sentiment qui animait les manifestants : « Ici, on peut clairement voir que nous sommes la majorité des gens et que les problèmes qui touchent la majorité semblent ne pas concerner nos 'représentants'. Ils ne s'y intéressent pas et ne prennent aucune mesure. » C'est cette sensation d'abandon politique, conjuguée à l'impossibilité matérielle de se loger dignement, qui a poussé des dizaines de milliers de personnes dans les rues. Le gouvernement Sanchez se trouve maintenant à un carrefour : maintenir le cap jusqu'en 2027 ou dissoudre l'assemblée et risquer les urnes dans un contexte où le logement est devenu une question électorale majeure.

Ce qui se respire dans les rues, c'est une nouvelle énergie capable de faire en huit jours ce que huit ans de gouvernement progressiste n'ont pas réussi
— Valeria Racu, porte-parole du syndicat des locataires
Nous vivons dans des conditions très précaires, écrasés par un système qui ne nous offre pas des conditions dignes pour vivre
— Javier, 31 ans, installateur de panneaux photovoltaïques
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