En octobre 2026, la visite de Léon XIV en France a réuni des centaines de milliers de fidèles à Paris, Lourdes et Metz, dans une atmosphère de ferveur sereine et sans heurts. Le philosophe Pierre Manent, rarement prompt à se saisir de l'actualité, y voit non pas un simple phénomène de nostalgie, mais la manifestation de ressources spirituelles et sociales que la France sécularisée portait en elle sans le savoir. Cette rencontre entre un peuple et son héritage pose une question ancienne sous un jour nouveau : qu'est-ce qu'une société hérite, et que choisit-elle d'en faire ?
Manent : « La catholicité française recèle des ressources insoupçonnées »
Des ressources insoupçonnées qu'il est encore temps de ranimer
Manent dit que ces foules révèlent des ressources insoupçonnées du catholicisme français. Mais comment mesure-t-on une ressource insoupçonnée ? Qu'est-ce qu'il voit exactement ?
Il observe la capacité de mobilisation — des centaines de milliers de personnes qui se rassemblent sans violence, avec une joie partagée. C'est une ressource de cohésion sociale, de création de sens commun. Pendant quatre jours, le catholicisme a montré qu'il pouvait encore agir comme un lien collectif.
Mais attendez. Nous savons que les foules étaient massives et ordonnées. Nous savons que le président était présent. Manent dit lui-même qu'il refuse de tirer une leçon catégorique. Alors sur quoi fonde-t-il vraiment son affirmation que ces ressources peuvent être ranimées ? C'est une intuition, pas une analyse.
C'est une bonne question. Est-ce que Manent explique comment on ranime ces ressources ? Ou c'est juste une invitation à y penser ?
C'est plutôt une invitation. Il pose le diagnostic — le catholicisme français n'est pas mort, il a montré une vitalité inattendue — mais il ne prescrit pas le traitement. Il dit qu'il est encore temps, ce qui implique une fenêtre qui pourrait se fermer.
Exactement. Et nous ne savons pas vraiment qui compose ces foules, d'où elles viennent, ce qu'elles cherchaient. Étaient-ce des fidèles réguliers ou des curieux ? Des jeunes ou des personnes âgées ? Manent parle de gaieté et de ferveur, mais ces termes sont subjectifs. Nous avons les chiffres de participation, mais pas vraiment l'analyse démographique ou sociologique.
Donc Manent nous dit que quelque chose d'important s'est passé, mais il nous laisse avec plus de questions qu'avant ?
Oui, mais c'est peut-être le rôle du philosophe — poser les bonnes questions plutôt que de prétendre avoir les réponses. Il nous dit : regardez, le catholicisme français n'est pas ce que vous pensiez. Maintenant, qu'en faisons-nous ?
Et sur la laïcité, l'immigration, le rapport à l'État — les sujets qu'on dit qu'il analyse — nous n'avons rien dans ce qu'on a lu. C'est promis mais pas livré.
Der Puls
- Des centaines de milliers de Français se sont rassemblés en quatre jours autour de Léon XIV, prenant de court ceux qui tenaient le catholicisme français pour une force épuisée.
- L'absence totale d'incidents et la joie palpable des foules ont déjoué les craintes d'une France où le religieux est souvent source de tensions identitaires et politiques.
- Manent refuse la lecture facile — ni triomphe d'un renouveau, ni chant du cygne — et préfère interroger ce que cette ferveur dit de la société française dans sa profondeur.
- Le philosophe identifie dans le catholicisme français des ressources dormantes, capables de mobiliser et de créer du sens commun, bien au-delà des cercles de pratiquants réguliers.
- La question qui se pose désormais n'est plus celle de la survie du catholicisme, mais celle de la capacité de la France à reconnaître et à intégrer ce qu'il apporte encore à la vie collective.
En octobre 2026, la visite de Léon XIV en France a réuni des centaines de milliers de fidèles à Paris, Lourdes et Metz, dans une atmosphère de ferveur sereine et sans heurts. Le philosophe Pierre Manent, rarement prompt à se saisir de l'actualité, y voit non pas un simple phénomène de nostalgie, mais la manifestation de ressources spirituelles et sociales que la France sécularisée portait en elle sans le savoir. Cette rencontre entre un peuple et son héritage pose une question ancienne sous un jour nouveau : qu'est-ce qu'une société hérite, et que choisit-elle d'en faire ?
En quatre jours, Paris, Lourdes et Metz ont accueilli des centaines de milliers de personnes venues à la rencontre de Léon XIV. Le président de la République assistait lui-même à la messe d'adieu. Partout régnaient la même gaieté, la même ferveur, la même douceur dans les foules — ordonnées, massives, sans le moindre incident. Une organisation impeccable ne suffisait pas à expliquer ce qui s'était passé.
Pierre Manent, philosophe aux prises de parole publiques rares, s'est dit saisi par la surprise de ces journées. Il refuse d'en tirer une leçon trop tranchée, mais il observe quelque chose d'indéniable : cette atmosphère n'était pas théâtrale. Elle exprimait une ferveur authentique, vivante, qui n'appartenait pas à des nostalgiques en quête d'un passé révolu.
La question que beaucoup de Français se posent — sursaut ou dernières flammes ? — Manent préfère la laisser ouverte pour mieux explorer ce qu'elle révèle. Le catholicisme français ne s'est pas dissous dans la sécularisation. Il persiste dans le tissu social, discret mais réel, porteur de ressources que l'on n'avait pas su mesurer : des capacités de rassemblement, de sens partagé, de mobilisation collective.
Ce qui s'est joué lors de cette visite, selon le philosophe, c'est la mise en lumière de ces ressources dormantes. Et il suggère qu'il est encore temps de les cultiver, de les reconnaître pleinement dans la réflexion sur ce que la France veut être. La laïcité n'a jamais signifié l'absence de foi, mais la coexistence de convictions différentes dans un cadre républicain commun — et ces quatre jours en ont peut-être offert, silencieusement, la démonstration.
Paris, Lourdes, Metz : en quatre jours, des centaines de milliers de personnes se sont rassemblées pour accueillir Léon XIV en France. Le président de la République lui-même a assisté à la messe d'adieu. Les foules étaient massives, ordonnées, joyeuses. Aucun incident, aucune banderole hostile, aucun cri discordant. L'organisation était impeccable, mais elle ne pouvait à elle seule expliquer ce qui s'était déroulé.
Pierre Manent, le philosophe dont les interventions publiques restent rares, s'est trouvé saisi par la surprise de ces quatre jours. Il refuse de tirer une leçon trop catégorique de ce qui s'est passé, mais il observe quelque chose d'indéniable : partout où les foules s'étaient rassemblées, dans des lieux et des formats divers, régnaient la même gaieté, la même ferveur, la même gentillesse, la même joie. C'est cette atmosphère qui l'intéresse, bien au-delà des chiffres.
La question que pose Le Figaro est celle que se posent beaucoup de Français : faut-il voir dans cette visite le sursaut d'un catholicisme qu'on croyait moribond, ou assiste-t-on aux dernières flammes d'une mémoire chrétienne qui s'éteint lentement ? Manent ne tranche pas immédiatement. Il préfère explorer ce que ces quatre jours révèlent de la France contemporaine, de son rapport à la laïcité, à l'immigration, à l'État.
Ce qui frappe le philosophe, c'est que la catholicité française ne s'est pas évanouie, contrairement à ce que beaucoup auraient pu penser. Elle persiste, elle demeure présente dans le tissu social, même dans une société largement sécularisée. Mais cette présence n'est pas figée. Elle contient, selon Manent, des ressources insoupçonnées — des capacités de renouvellement, de mobilisation, de sens qu'on n'avait pas mesuré à leur juste valeur.
La visite de Léon XIV a permis de voir ces ressources en action. Les foules n'étaient pas composées de nostalgiques cherchant à retrouver un passé révolu. Elles exprimaient quelque chose de vivant, de présent, une ferveur qui n'était pas théâtrale mais authentique. Et cela s'est déroulé sans violence, sans sectarisme, sans les tensions qu'on aurait pu redouter dans une France où les questions religieuses sont souvent chargées d'enjeux politiques et identitaires.
Manent suggère qu'il est encore temps de ranimer ces ressources, de les cultiver, de les intégrer pleinement dans la réflexion sur ce que la France veut être. Le catholicisme français n'est pas une relique du passé, ni une force en déclin terminal. C'est une dimension vivante de la société française, capable de mobiliser, de rassembler, de créer du sens commun. La question n'est pas de savoir si le catholicisme survivra, mais comment la France peut reconnaître et valoriser ce qu'il apporte encore à la vie collective, dans un contexte de laïcité qui n'a jamais signifié l'absence de foi, mais plutôt la coexistence de différentes convictions dans un cadre républicain partagé.
Bemerkenswerte Zitate
Je me sens bien incapable de tirer de ces quatre jours une leçon aussi catégorique ! Je suis encore sous le coup d'une surprise délicieuse.— Pierre Manent