Alors que les océans deviennent le théâtre de tensions écologiques et géopolitiques croissantes, deux géographes, Lola Guyon et Gaëtan Jolly, proposent un changement de regard fondamental : traiter les fonds marins non comme des réservoirs de ressources à extraire, mais comme des paysages vivants porteurs d'une mémoire et d'un savoir. Cette requalification, loin d'être purement académique, pourrait transformer en profondeur la manière dont les sociétés humaines gouvernent et préservent l'un des derniers grands espaces sauvages de la planète.
L'océan a aussi ses paysages : un savoir empirique à valoriser
Les fonds marins ne sont pas des vides uniformes mais des territoires complexes
Pourquoi les géographes insistent-ils sur le terme « paysage » plutôt que simplement « écosystème » ? N'est-ce pas la même chose ?
Non, c'est fondamentalement différent. Un écosystème, c'est un système biologique — les espèces, les relations alimentaires, les cycles de nutriments. Un paysage, c'est une totalité qui inclut la forme, la structure, la relation humaine. Quand on dit que les fonds marins sont des paysages, on dit qu'ils ont une géographie, une histoire, une dimension culturelle.
Mais le texte ne donne pas d'exemples concrets. Qu'est-ce qu'un paysage marin spécifique ? Comment ça change la gestion ?
C'est vrai que l'article reste théorique. Mais l'idée est que si on reconnaît les fonds marins comme des paysages, on peut les étudier comme on étudie un paysage terrestre — avec attention à la complexité, pas juste à l'extraction.
Et ce savoir empirique des pêcheurs, comment on le valorise concrètement ?
En le documentant, en l'intégrant aux processus de décision, en le combinant avec la science formelle. Un pêcheur qui connaît une zone depuis trente ans possède des informations précieuses sur les changements saisonniers, les migrations, les zones sensibles.
Mais le texte ne dit pas si des gouvernements ou des institutions font déjà cela. C'est une proposition théorique ou quelque chose qui se met en place ?
C'est une proposition. Les auteurs argumentent que c'est nécessaire, surtout face aux crises écologiques et géopolitiques. Mais l'article ne documente pas d'exemples concrets d'application.
Quel est le lien avec la géopolitique ?
Les États se disputent l'accès aux ressources océaniques. Si on comprend les fonds marins comme des paysages complexes plutôt que comme des stocks à exploiter, cela change les termes de la négociation, les priorités de conservation.
Encore une fois, c'est une affirmation sans détail. On ne sait pas quels États, quels conflits, quelles ressources précises. L'article reste au niveau du principe.
El Pulso
- Les fonds marins sont exploités à une échelle sans précédent — extraction minière, pêche industrielle, aquaculture intensive — pendant que leur complexité écologique reste largement méconnue.
- Le savoir empirique des pêcheurs, navigateurs et communautés côtières, aussi précis qu'une cartographie scientifique, demeure fragmenté et exclu des processus de décision politiques et scientifiques.
- Guyon et Jolly plaident pour que ce savoir soit documenté, reconnu comme légitime et intégré aux instances de gouvernance marine, aux côtés de la biologie, de la géologie et de la modélisation climatique.
- Reconnaître les fonds marins comme des paysages — des entités complexes, interconnectées, habitées par des usages humains multiples — ouvre une voie vers une conservation marine plus nuancée et plus durable.
- À l'heure où les décisions sur l'avenir des océans se prennent loin de l'eau, cette invitation à regarder sous la surface pourrait redéfinir la trajectoire de la gestion des espaces océaniques.
Alors que les océans deviennent le théâtre de tensions écologiques et géopolitiques croissantes, deux géographes, Lola Guyon et Gaëtan Jolly, proposent un changement de regard fondamental : traiter les fonds marins non comme des réservoirs de ressources à extraire, mais comme des paysages vivants porteurs d'une mémoire et d'un savoir. Cette requalification, loin d'être purement académique, pourrait transformer en profondeur la manière dont les sociétés humaines gouvernent et préservent l'un des derniers grands espaces sauvages de la planète.
Les géographes Lola Guyon et Gaëtan Jolly posent une question en apparence simple, mais profondément déstabilisatrice : pourquoi traitons-nous les fonds marins comme des ressources à exploiter plutôt que comme des paysages à connaître ? Dans un contexte d'accélération des crises écologiques et de compétition géopolitique autour des océans, cette distinction dépasse largement le débat académique.
Leur argument central repose sur une observation : les fonds marins ne sont pas des vides uniformes. Ce sont des territoires complexes, dotés de structures et de dynamiques propres — des paysages à part entière. Pourtant, contrairement aux paysages terrestres qui ont nourri des siècles de géographie, d'art et de culture, les fonds marins ont été abandonnés aux seuls regards de la biologie marine et de l'exploitation économique. Le savoir empirique qui s'y rattache — celui des pêcheurs, des navigateurs, des communautés côtières — reste fragmenté et rarement intégré aux décisions scientifiques ou politiques.
Ce savoir n'est pas une curiosité folklorique. Il décrit comment les écosystèmes fonctionnent réellement, comment les courants se déplacent, où les espèces se concentrent, comment les fonds évoluent au fil des saisons. Un pêcheur qui connaît une zone depuis des décennies possède une cartographie mentale aussi précise que celle d'un géologue, mais exprimée dans un langage ancré dans l'observation directe.
Adopter une approche paysagère, soutiennent Guyon et Jolly, permettrait d'intégrer la complexité, l'interconnexion et la dimension humaine dans la gestion des océans — sans réduire ceux-ci à une collection de stocks de poissons ou de gisements minéraux. Cette perspective devient urgente alors que le changement climatique bouleverse les écosystèmes marins et que les technologies d'exploitation transforment les fonds à une échelle jamais vue.
Ce que les deux chercheurs proposent, c'est une réorientation du regard : documenter le savoir empirique, le rendre visible, le reconnaître comme légitime dans les espaces de gouvernance, et le combiner avec les autres formes de connaissance scientifique. Non pour remplacer la science, mais pour l'enrichir d'une attention plurielle et humble à ce qui se passe vraiment sous la surface.
Les géographes Lola Guyon et Gaëtan Jolly posent une question qui semble simple mais qui remet en cause des décennies de pensée scientifique : pourquoi traitons-nous les fonds marins comme des ressources à exploiter plutôt que comme des paysages à connaître ? Face aux crises écologiques qui s'accélèrent et aux tensions géopolitiques qui se nouent autour du contrôle des océans, cette distinction n'est pas académique. Elle pourrait redéfinir la manière dont nous gérons l'un des derniers grands espaces sauvages de la planète.
Le cœur de leur argument repose sur une observation : les fonds marins ne sont pas des vides uniformes, des zones grises sur une carte. Ce sont des territoires complexes, dotés de structures, de dynamiques, de caractères propres — en un mot, des paysages. Mais contrairement aux paysages terrestres, qui ont généré une littérature riche en géographie, en art et en culture, les fonds marins ont été largement abandonnés aux seuls regards de la biologie marine et de l'exploitation économique. Le savoir empirique qui s'y rattache — celui accumulé par les pêcheurs, les navigateurs, les communautés côtières — reste fragmenté, peu valorisé, rarement intégré aux processus de décision scientifique ou politique.
Ce savoir empirique n'est pas une curiosité folklorique. C'est un ensemble de connaissances pratiques, souvent transmises oralement ou par l'expérience, qui décrit comment les écosystèmes marins fonctionnent réellement, comment les courants se déplacent, où les espèces se concentrent, comment les fonds se transforment au fil des saisons et des années. Les pêcheurs qui connaissent une zone depuis des décennies possèdent une cartographie mentale des fonds marins aussi précise que celle d'un géologue, mais exprimée dans un langage différent, ancré dans l'observation directe plutôt que dans la modélisation.
Guyon et Jolly soutiennent que reconnaître les fonds marins comme des paysages — et donc comme des entités dignes d'étude géographique — ouvre des voies nouvelles pour leur gestion et leur conservation. Une approche paysagère intègre la complexité, l'interconnexion, la dimension humaine. Elle ne réduit pas l'océan à une collection de stocks de poissons ou de gisements minéraux. Elle le situe dans un contexte plus large : celui des relations entre les humains et leur environnement, des usages multiples et parfois conflictuels, des valeurs qui ne se mesurent pas en tonnes ou en euros.
Cette perspective devient d'autant plus urgente que les enjeux écologiques et géopolitiques s'intensifient. Le changement climatique modifie les écosystèmes marins à un rythme sans précédent. Les États se disputent l'accès aux ressources océaniques. Les technologies d'exploitation — extraction minière en eaux profondes, aquaculture intensive, pêche industrielle — transforment les fonds marins à une échelle jamais vue. Dans ce contexte, disposer d'une compréhension fine et nuancée de ces paysages n'est pas un luxe intellectuel. C'est une nécessité pratique.
La valorisation du savoir empirique passe par plusieurs canaux. D'abord, il faut le documenter, le rendre visible, le traduire en termes que la science conventionnelle peut intégrer. Ensuite, il faut le reconnaître comme légitime dans les espaces de gouvernance — les comités de gestion des pêches, les négociations sur la protection marine, les débats sur l'exploitation des ressources. Enfin, il faut le combiner avec les autres formes de savoir : la science biologique, la géologie, la modélisation climatique. Pas pour le remplacer, mais pour l'enrichir.
Ce que Guyon et Jolly proposent, c'est une réorientation du regard. Les fonds marins ne sont pas des arrière-plans inertes sur lesquels se joue l'action écologique. Ce sont des acteurs à part entière, des paysages vivants dont la compréhension exige une approche plurielle, humble, attentive à la multiplicité des savoirs. À l'heure où les décisions sur l'avenir des océans se prennent dans des salles de réunion loin de l'eau, cette invitation à regarder vraiment ce qui se passe sous la surface pourrait changer la trajectoire de la conservation marine.
Citas Notables
Les fonds marins incarnent des représentations paysagères sources d'un savoir empirique jusqu'ici peu étudié, utile à la valorisation et à la gestion de l'écosystème marin— Lola Guyon et Gaëtan Jolly, géographes