L'extrême droite étrangère détourne les images des blocus lycéens pour alimenter un discours anti-immigration

215 élèves, 715 policiers et 85 personnels éducatifs ont été blessés ; un adolescent a été éborgné à Tours et un lycéen a eu une main arrachée après un tir de grenade à Lens ; 5060 manifestants, dont près de 90% de mineurs, ont été placés en garde à vue.
Les images réelles deviennent du carburant pour un mensonge plus grand
Comment l'extrême droite étrangère détourne les vidéos des blocus lycéens pour servir un agenda anti-immigration.
Mark

Pourquoi ces comptes d'extrême droite s'intéressent-ils tellement aux blocus lycéens français ?

Mimi

Parce que les images de violences leur donnent du matériel brut pour construire un récit anti-immigration. Ils ne racontent pas l'histoire des lycéens qui réclament de meilleures conditions d'études — ils la transforment en preuve d'une « guerre civile » causée par l'immigration.

Luke

Mais attendez. Les blocus ont vraiment produit des violences, des dégradations, des blessés. Ces images existent. La question n'est pas si les images sont réelles, c'est comment elles sont présentées.

Mimi

Exactement. Alex Jones prend une vidéo d'un bus en flammes de 2023 à Nîmes et la montre comme si c'était un événement actuel lié aux blocus. C'est du détournement.

Mark

Et les affirmations sur les églises brûlées, les prêtres en feu — d'où ça vient ?

Luke

De nulle part. C'est de la fabrication pure. Aucune église n'a brûlé, aucun prêtre n'a été blessé. Jones l'invente de toutes pièces.

Mimi

Ce qui est frappant, c'est la coordination. Jones, Robinson, Visegrad24, RadioGenoa — ils ne se copient pas exactement, mais ils utilisent tous la même stratégie : prendre des images réelles, les décontextualiser ou les falsifier, puis les utiliser pour un discours anti-immigration.

Mark

Combien de gens voient ces vidéos ?

Luke

Énormément. British Intel a atteint près de six millions de vues avec une seule vidéo. Tommy Robinson a deux millions d'abonnés. Ces comptes ont une audience massive.

Mimi

Et la plupart des gens qui les voient ne vérifieront pas les faits. Ils verront « La France est tombée » accompagné d'une vidéo de chaos et penseront que c'est vrai.

Mark

Qu'en est-il des vrais blessés ? Un adolescent a été éborgné, un lycéen a perdu une main. Ces choses-là se sont vraiment produites.

Luke

Oui, et c'est important de le noter. Les violences policières et les blessures graves sont documentées et critiquées par des organisations comme la Ligue des droits de l'Homme. Mais Jones et les autres ne parlent pas de ça — ils inventent des histoires de prêtres en feu au lieu de documenter les vrais problèmes.

Mimi

C'est le détournement complet. Les images réelles de violences deviennent du carburant pour un mensonge plus grand.

  • Entre le 21 septembre et le 5 octobre : 215 élèves, 715 policiers et 85 personnels éducatifs blessés
  • Alex Jones a diffusé une vidéo d'un bus en flammes de Nîmes datant de 2023
  • Tommy Robinson a partagé une vidéo de manifestation parisienne de 2022 en la présentant comme actuelle
  • 5060 manifestants placés en garde à vue, dont 90 % de mineurs
  • Un adolescent éborgné à Tours, un lycéen amputé d'une main après un tir de grenade à Lens

Entre le 21 septembre et le 5 octobre, 215 élèves, 715 policiers et 85 personnels éducatifs ont été blessés lors des blocus lycéens en France. Des comptes comme Alex Jones et Tommy Robinson diffusent des vidéos décontextualisées et des contre-vérités pour appuyer un discours islamophobe et anti-immigration.

Des figures d'extrême droite anglo-saxonnes et européennes exploitent les images de violences liées aux blocus lycéens français pour alimenter un discours anti-immigration et dénoncer une supposée « guerre civile », en relayant de fausses informations.

Entre le 21 septembre et le 5 octobre, les lycéens français ont bloqué leurs établissements pour réclamer de meilleures conditions d'études. Pendant ces deux semaines, 215 élèves, 715 policiers et 85 personnels éducatifs ont été blessés. Des dégradations et des violences ont éclaté en marge du mouvement, qualifiées de « violences urbaines » par le gouvernement et dénoncées par la droite politique. Mais ce qui s'est passé dans les rues françaises a aussi attiré l'attention d'une audience bien plus large : des figures d'extrême droite anglo-saxonnes et européennes ont commencé à diffuser les images de ces affrontements, non pour documenter un conflit social, mais pour nourrir un récit entièrement différent — celui d'une France en proie à une « guerre civile » provoquée par l'immigration.

Alex Jones, le podcasteur américain influent des cercles trumpistes, s'est emparé des vidéos de violences pour construire un discours islamophobe. Sur sa chaîne « Alex Jones Live » et sur X, il a affirmé que la France était « en pleine guerre civile anti-blancs » et que les blocus constituaient un « soulèvement musulman orchestré par les mondialistes ». Jones n'a jamais mentionné les revendications réelles des lycéens. À la place, il a diffusé de longues compilations de scènes violentes en les présentant comme la preuve d'un effondrement social lié à l'immigration. Parmi les vidéos qu'il a partagées figurait celle d'un bus en flammes — une séquence qui provenait en réalité de Nîmes en 2023, sans aucun lien avec les blocus actuels.

Jones a également affirmé que les cadavres jonchaient les rues françaises, alors qu'aucun décès n'a été signalé. Le 2 octobre, lors de son émission, il a déclaré que les blocus visaient « principalement toutes les institutions catholiques » et que « partout, des églises sont brûlées ». Il a même prétendu avoir vu des vidéos de « prêtres catholiques en feu ». Aucune de ces affirmations n'a de fondement : à ce jour, aucun incendie de lieu de culte ni aucun acte de violence contre un ecclésiastique n'a été rapporté pendant ces mobilisations.

Au Royaume-Uni, Tommy Robinson, cofondateur de la ligue anti-islam English Defence League, a repris le même discours. Le 4 octobre, il a dénoncé une « alliance contre nature entre les écologistes et les islamistes » qui se propagerait en Europe occidentale et en Amérique. Mais la vidéo qu'il a partagée avec ses deux millions d'abonnés sur X montrait une manifestation parisienne de 2022, pas les blocus actuels. Robinson a aussi accusé la chaîne australienne ABC de ne pas montrer les « incendies d'écoles, de bâtiments historiques et d'églises » — bien que des incendies aient effectivement touché certains lycées, aucune église n'a brûlé.

D'autres comptes britanniques ont suivi le même schéma. British Intel a partagé une vidéo de célébrations de la victoire du Paris Saint-Germain en Ligue des champions datant de mai 2026, en la présentant comme une scène récente de violences. Le message accompagnant la vidéo — « La France est tombée » — a été vu près de six millions de fois avant qu'une note de la communauté X ne précise l'origine réelle de la séquence.

En Europe continentale, des comptes ultra-conservateurs ont poursuivi cette campagne de désinformation. Visegrad24, un compte polonais connu pour ses positions pro-Trump et anti-immigration, a partagé le 2 octobre une photo d'un pompier touché par le feu à Bordeaux. La légende accusait des « jeunes migrants de deuxième et troisième génération » d'avoir « incendié » le secouriste. La vidéo de l'incident raconte une histoire différente : le pompier a été atteint par les flammes après qu'un objet situé dans le brasier a explosé alors qu'il tentait d'éteindre le feu.

RadioGenoa, un autre compte ouvertement anti-immigration, a multiplié les publications trompeuses. Le 4 octobre, il a diffusé une vidéo de 15 secondes du maire LFI de Saint-Denis Bally Bagayoko, l'accusant à tort d'avoir aidé à brûler des poubelles devant le lycée Frédéric Bartholdi le 28 septembre. Plusieurs médias, dont Libération, avaient déjà démontré dès le 30 septembre que la vidéo montrait en réalité Bagayoko tirant sur la poubelle pour l'empêcher de dégrader les grilles du lycée. RadioGenoa a néanmoins décrit quatre jours plus tard l'édile, né à Levallois-Perret, comme un « maire né en Afrique, célébrant la dévastation de 'sa' ville ».

Pendant ce temps, en France, les conséquences réelles des blocus et des affrontements s'accumulaient. Depuis le début de la mobilisation, 5060 manifestants — dont près de 90 % de mineurs — ont été placés en garde à vue. Les forces de l'ordre ont été critiquées pour des interventions jugées disproportionnées : un adolescent a été éborgné à Tours, et un lycéen a eu une main arrachée après un tir de grenade de la police à Lens le 5 octobre. La Ligue des droits de l'Homme a dénoncé une « dérive globale par rapport à l'État de droit » et le « non-respect du cadre légal » lors des interventions policières. Le 5 octobre, 589 établissements étaient perturbés selon le ministère de l'Éducation. Un « Acte III » de la mobilisation était prévu pour le 6 octobre, auquel se joindraient des syndicats. Pendant que les lycéens français continuaient à se battre pour leurs revendications, leurs images circulaient dans le monde entier, détournées et réinventées pour servir un agenda politique qui n'avait rien à voir avec leurs demandes.

La France est désormais en pleine guerre civile anti-blancs
— Alex Jones, podcasteur d'extrême droite américaine
Une dérive globale par rapport à l'État de droit et le non-respect du cadre légal lors des interventions des forces de l'ordre
— Ligue des droits de l'Homme, 5 octobre
Möchten Sie die ganze Geschichte? Das Original lesen bei France 24 ↗
Kontakt FAQ