Dans les marges du cinéma de genre, l'Australien Adrian Chiarella pose une question ancienne sous une lumière nouvelle : que devient ce qu'on tente d'effacer ? Avec *Leviticus*, il transforme la violence réelle des thérapies de conversion en récit fantastique, où le désir réprimé de deux adolescents amoureux ne disparaît pas — il revient, incarné, spectral, inévitable. Le surnaturel devient ici le seul langage capable de rendre visible ce que le réalisme ne fait que frôler : la blessure profonde et durable infligée aux jeunes LGBTQ+ au nom de la guérison.
« Leviticus » d'Adrian Chiarella : un drame fantastique remarquable sur l'amour interdit
Le désir réprimé revient sous forme de fantôme
Pourquoi Chiarella a-t-il choisi le fantastique plutôt que le réalisme pour parler des thérapies de conversion ?
Parce que le fantastique permet de rendre visible ce qui est habituellement invisible. La violence des thérapies de conversion est psychologique, émotionnelle — difficile à montrer directement. En transformant le désir réprimé en fantôme, en créature surnaturelle, Chiarella rend cette violence tangible, inévitable.
Mais le film fonctionne-t-il vraiment comme critique des thérapies de conversion, ou est-ce que le fantastique risque de détourner l'attention du problème réel ?
C'est une bonne question. Est-ce que les spectateurs vont comprendre que c'est une critique, ou est-ce qu'ils vont juste voir un film d'horreur ?
Je pense que Chiarella compte sur le fait que le fantôme, c'est l'amour lui-même. Le monstre n'est pas créé par l'amour des deux adolescents — il est créé par l'exorcisme, par la tentative de le détruire. C'est la répression qui fabrique le monstre.
D'accord, mais comment sait-on que c'est vraiment ça que le film dit ? Est-ce que Chiarella l'explique clairement, ou est-ce que c'est une interprétation possible parmi d'autres ?
Donc le film pourrait être lu de plusieurs façons ?
Oui, c'est peut-être même sa force. Mais le cœur du film, c'est que deux adolescents s'aiment, qu'on essaie de les séparer par la force, et que ce qui en résulte les hante pour toujours.
Ce qui nous ramène à la question : est-ce que c'est une critique assez claire des thérapies de conversion, ou est-ce que c'est surtout une histoire d'amour surnaturelle qui se trouve à être inspirée par ce sujet ?
Der Puls
- Deux adolescents s'aiment — et c'est précisément cet amour que leur entourage décide d'exorciser, comme on chasse une possession.
- L'exorcisme ne détruit pas le désir : il le métamorphose en spectre, en créature qui hante les deux jeunes sous les traits mêmes de l'être aimé.
- Chiarella refuse le documentaire ou le drame réaliste et choisit le fantastique comme arme — une décision qui rend la violence psychologique des thérapies de conversion soudainement tactile et incontournable.
- Le film ne propose ni rédemption ni happy ending : il affirme que la répression fabrique des monstres, et que le désir nié ne s'éteint jamais vraiment.
- En inscrivant une réalité sociale grave dans le registre de l'horreur, *Leviticus* s'impose comme une métaphore visuelle d'une puissance rare dans le cinéma contemporain.
Dans les marges du cinéma de genre, l'Australien Adrian Chiarella pose une question ancienne sous une lumière nouvelle : que devient ce qu'on tente d'effacer ? Avec *Leviticus*, il transforme la violence réelle des thérapies de conversion en récit fantastique, où le désir réprimé de deux adolescents amoureux ne disparaît pas — il revient, incarné, spectral, inévitable. Le surnaturel devient ici le seul langage capable de rendre visible ce que le réalisme ne fait que frôler : la blessure profonde et durable infligée aux jeunes LGBTQ+ au nom de la guérison.
Adrian Chiarella n'a pas choisi la voie la plus attendue pour parler des thérapies de conversion. Là où d'autres auraient opté pour le documentaire ou le drame social, le cinéaste australien a plongé dans le fantastique — et c'est précisément ce choix qui donne à *Leviticus* sa force singulière.
L'histoire est celle de deux adolescents amoureux, soumis par leur entourage à un exorcisme censé purger ce que l'on considère comme une abomination. Mais le rituel ne guérit rien. Le désir, chassé, ne disparaît pas : il revient sous une forme surnaturelle, matérialisé dans le corps de l'être aimé, transformé en spectre qui hante les deux jeunes nuit après nuit. Ce qui a été nié devient monstre. Ce qui a été effacé devient présence inévitable.
La puissance du film tient à cette fusion entre le social et le surnaturel. Les thérapies de conversion existent, elles détruisent des adolescents LGBTQ+ chaque année — Chiarella ne l'invente pas. Mais en les plaçant dans un cadre fantastique, il rend visible ce qui reste habituellement invisible : la violence psychologique de ces pratiques, leur capacité à créer des blessures que rien ne referme. Le monstre, ici, n'est pas l'amour des deux jeunes. Le monstre est ce qu'on fabrique en essayant de l'écraser.
Chiarella ne moralise pas, ne prêche pas. Il montre, simplement et implacablement. Et il refuse les réponses consolantes : pas de rédemption, pas de guérison miraculeuse. Seulement cette vérité — que le désir réprimé revient toujours, sous des formes que l'on ne contrôle plus. Le fantastique, conclut le film en creux, est parfois le seul langage assez puissant pour dire ce que le réalisme ne peut que chuchoter.
Adrian Chiarella, cinéaste australien, a construit son nouveau film autour d'une réalité qui continue de détruire des vies : les thérapies de conversion. Mais là où d'autres auraient choisi le documentaire ou le drame réaliste, Chiarella a opté pour le fantastique — une décision qui transforme l'horreur sociale en métaphore visuelle d'une puissance remarquable.
Le film suit deux adolescents amoureux l'un de l'autre. Leur histoire n'a rien d'extraordinaire en soi : c'est l'amour comme il existe partout, avec sa tendresse, son urgence, son innocence. Mais dans le monde du film, cet amour est intolérable pour ceux qui les entourent. Les deux jeunes sont soumis à un exorcisme — une tentative brutale de chasser de leurs corps ce qui est considéré comme une possession, une maladie, une abomination.
C'est ici que Chiarella fait basculer son récit. L'exorcisme ne guérit rien. Au contraire, le désir des deux adolescents, réprimé et nié, ne disparaît pas — il revient. Il revient sous une forme surnaturelle, matérialisé, incarné dans le corps de l'être aimé. Ce qui a été chassé devient fantôme, spectre, créature. L'amour interdit devient littéralement un monstre qui hante les deux jeunes, les poursuivant, les torturant, les rappelant à chaque instant ce qu'on leur a ordonné de nier.
La force du film réside dans cette fusion du social et du surnaturel. Les thérapies de conversion ne sont pas une invention de Chiarella — elles existent, elles sont pratiquées, elles détruisent des adolescents LGBTQ+ chaque année. Mais en les plaçant dans un cadre fantastique, le cinéaste rend visible quelque chose qui reste habituellement invisible : la violence psychologique et émotionnelle de ces pratiques. Le monstre n'est pas l'amour des deux jeunes. Le monstre est ce qui se passe quand on essaie de l'écraser.
Chiarella ne moralise pas. Il ne prêche pas. Il montre simplement : voici deux adolescents qui s'aiment, voici ce qu'on leur fait, voici ce qui en résulte. Le fantastique devient le langage parfait pour parler de l'indicible, de ce qui ne peut pas être dit directement sans perdre sa charge émotionnelle. Un exorcisme qui crée un fantôme. Un désir réprimé qui revient hanter. Une absence qui devient présence monstrueuse.
Le film s'inscrit dans une tradition cinématographique qui utilise l'horreur et le surnaturel pour explorer les blessures sociales. Mais Chiarella va plus loin : il ne se contente pas de montrer la blessure, il la matérialise, il la rend tactile, visible, inévitable. Les deux adolescents ne peuvent pas fuir ce qu'on a créé en eux. Ils ne peuvent que vivre avec, nuit après nuit, le fantôme de leur propre amour revenant les hanter sous les traits de celui qu'ils aiment.
C'est un drame remarquable parce qu'il refuse les réponses faciles. Il ne propose pas de rédemption, pas de guérison miraculeuse, pas de happy ending où tout s'arrange. Il propose simplement la vérité : que la répression crée des monstres, que le désir nié ne disparaît jamais, qu'il revient sous des formes que nous ne pouvons pas contrôler. Et que parfois, le fantastique est le seul langage assez puissant pour dire ce que le réalisme ne peut que chuchoter.
Bemerkenswerte Zitate
L'amour interdit devient littéralement un monstre qui hante les deux jeunes— Analyse du film Leviticus