Les lycéens refusent de négocier avec Geffray, exigent Lecornu et poursuivent la mobilisation

1260 personnes interpellées (86% mineurs), 286 policiers et gendarmes blessés, 13 personnels de l'Éducation nationale blessés, établissements saccagés causant des centaines de milliers d'euros de dégâts.
On ne les écoute pas, et ça ne sert à rien de continuer
Les syndicats lycéens expliquent pourquoi ils refusent une nouvelle réunion avec le ministre de l'Éducation.
Mark

Pourquoi les lycéens refusent-ils soudainement de parler à Geffray? Il a quand même annoncé trois mille professeurs remplaçants.

Mimi

Parce que trois mille professeurs, c'est une réponse à un symptôme, pas à la cause. Parcoursup reste opaque. Les conditions de travail restent mauvaises. Et après trois réunions, ils sentent qu'on ne les écoute pas vraiment.

Luke

Mais attendez — est-ce que les trois mille professeurs ont vraiment réduit les établissements en difficultés de 114 à 41 en une semaine? Ou c'est juste le décompte de Geffray?

Mimi

C'est le chiffre qu'il a donné jeudi. Difficile à vérifier indépendamment en temps réel.

Mark

Et cette escalade de violence — 286 policiers blessés, 1260 interpellations. Est-ce que c'est normal pour un mouvement lycéen?

Luke

C'est sans précédent en intensité, oui. Mais il faut distinguer : qui agit? Les lycéens eux-mêmes, ou une frange qui profite du mouvement?

Mimi

Le proviseur de Lormont a dit exactement ça — ce ne sont pas forcément les élèves qui saccagent. C'est une frange.

Mark

Alors pourquoi les syndicats lycéens ne se distancient-ils pas de ces violences?

Mimi

Parce qu'ils voient la police entrer dans les lycées, interpeller des élèves. Ça radicalise tout le monde.

Luke

Mais on ne sait pas si c'était justifié, cette interpellation à Paul-Éluard. L'élève avait commis un outrage, selon la préfecture. Ça veut dire quoi, exactement?

Mark

Et Lecornu, le Premier ministre — pourquoi lui plutôt que Geffray?

Mimi

Parce que Lecornu contrôle le gouvernement entier. Geffray ne peut pas faire de vraies concessions sans l'accord de Matignon.

  • 1260 personnes interpellées en Île-de-France depuis le début du mouvement (86% mineurs)
  • 286 policiers et gendarmes blessés, 13 personnels de l'Éducation nationale blessés
  • Troisième réunion avec Geffray jeudi : durée une heure, aucune avancée notable
  • Dégâts au lycée des Iris à Lormont : plusieurs centaines de milliers d'euros
  • Convergence prévue samedi 17 octobre avec gilets jaunes et agriculteurs

Les syndicats lycéens ont quitté leur troisième réunion avec Édouard Geffray après une heure, jugeant inutile le dialogue et annonçant la poursuite de la mobilisation pendant les vacances. Depuis le début du mouvement, 1260 personnes ont été interpellées en Île-de-France (86% de mineurs), tandis que 286 policiers et gendarmes ont été blessés, révélant une escalade des violences.

Les organisations lycéennes refusent désormais de négocier avec le ministre de l'Éducation et exigent des discussions directes avec Matignon, tandis que les blocages s'intensifient avant les vacances de la Toussaint et une journée de mobilisation nationale le 17 octobre.

Les lycéens français ont franchi un seuil jeudi. Après trois rencontres avec le ministre de l'Éducation Édouard Geffray, les organisations syndicales lycéennes ont décidé qu'elles ne négocieraient plus avec lui. Elles veulent parler directement à Matignon, au Premier ministre. La réunion de jeudi, menée en visioconférence, s'est déroulée en une heure à peine. Les jeunes ont quitté la table estimant qu'on ne les écoutait pas. Quand on leur a proposé une nouvelle réunion pour lundi, ils ont refusé. À quoi bon, ont-ils dit. La mobilisation continue pendant les vacances de la Toussaint qui commencent vendredi. Elle continue à la rentrée aussi.

Ce qui a déclenché cette escalade, c'est une accumulation de griefs. Parcoursup, la plateforme d'orientation post-bac, cristallise le mécontentement : les lycéens la jugent opaque, discriminatoire, injuste. Geffray a promis des mesures concrètes d'ici fin octobre, mais les promesses ne suffisent plus. Il a aussi annoncé trois mille professeurs remplaçants, ce qui a réduit le nombre d'établissements en grandes difficultés de 114 à 41 en une semaine. C'est du concret, mais pas assez pour arrêter le mouvement.

La violence s'intensifie et le gouvernement la documente. Depuis le début du mouvement lycéen, mille deux cent soixante personnes ont été interpellées dans l'agglomération parisienne. Quatre-vingt-six pour cent d'entre elles sont des mineurs. Deux cent quatre-vingt-six policiers et gendarmes ont été blessés. Treize personnels de l'Éducation nationale aussi. Mardi seul, soixante-onze policiers et gendarmes ont été blessés, deux ont dû être opérés le soir même, une dizaine ont été hospitalisés. La préfecture de police parle d'une escalade qui gagne en intensité, d'une répétition des violences qu'on ne peut pas banaliser.

Laurent Nunez, le ministre de l'Intérieur, a tenté d'expliquer la situation aux adolescents lors d'un entretien avec Le Parisien. Il a reconnu une agressivité plus forte des jeunes envers les forces de police. Quand les jeunes occupent l'espace public, bloquent la circulation, mettent le feu à des poubelles, la police doit intervenir, a-t-il dit. Il a aussi noté que la confiance en les forces de sécurité est moins forte chez les jeunes que dans le reste de la population. Il l'attribue à une méconnaissance du rôle de la police. Quand on voit des vidéos sur les réseaux sociaux, on peut croire qu'une personne se fait interpeller sans raison. Mais souvent, a-t-il expliqué, l'interpellation vient après qu'un jeune a jeté un projectile sur les forces de l'ordre.

Le lycée Paul-Éluard de Saint-Denis est devenu un épicentre du mouvement. Jeudi, la brigade anti-criminalité a interpellé un élève à l'intérieur de l'établissement pour outrage. L'accord du chef d'établissement avait été obtenu, selon la préfecture. Mais plusieurs centaines d'élèves et d'enseignants se sont rassemblés devant le commissariat du quartier pour crier leur colère. Une ligne rouge a été franchie, ont-ils crié. Un scandale absolu. Georges H., professeur d'histoire-géographie de trente-cinq ans, a dénoncé au mégaphone ce qui s'était passé dans le bureau de la direction. Les personnels du lycée ont scandé leur solidarité avec les élèves réprimés et demandé la démission du proviseur. Bilal, dix-sept ans, élève de terminale, a comparé la situation au régime de Vichy : un proviseur qui livre un camarade à la police au sein du lycée.

Ailleurs, les dégâts matériels s'accumulent. Au lycée des Iris à Lormont, près de Bordeaux, une trentaine de jeunes avaient incendié et saccagé les locaux d'une filière professionnelle d'imprimerie une semaine plus tôt. Le préjudice s'élève à plusieurs centaines de milliers d'euros. Édouard Geffray s'y est rendu jeudi pour constater les dégâts. Le proviseur, Thierry Malewicz, a dit que ce ne sont pas forcément des élèves qui font ça, que c'est une frange, des individus qui n'écoutent pas et ne dialoguent pas. Geffray a répondu que le dialogue existe et a déjà débouché sur des actes, mais que ceux qui font ça sont des criminels.

Le gouvernement espère que les vacances scolaires vont éteindre le mouvement. Trois mille sept cents lycées sont concernés. Mais les syndicats lycéens ont d'autres plans. Les universités, qui ferment une semaine après les lycées, pourraient continuer à bloquer pendant ce temps. Ces vacances, ont-ils dit, c'est un moyen de recentrer les dynamiques, de recentrer les revendications, de continuer la lutte d'une manière un peu différente. Samedi dix-sept octobre, la mobilisation converge avec d'autres mouvements. Les gilets jaunes veulent reprendre la rue. Les agriculteurs aussi. Les organisations de jeunesse appellent les lycéens à se joindre à cette journée de mobilisation nationale contre la vie chère. Ce qui a commencé comme une révolte lycéenne devient quelque chose de plus large.

Une ligne rouge totale a été franchie, un scandale absolu
— Élèves et enseignants du lycée Paul-Éluard de Saint-Denis, après l'interpellation d'un élève par la police
Nous avons quitté la réunion parce que nous n'étions pas écoutés et on nous annonce une nouvelle réunion lundi à laquelle nous ne nous rendrons pas, tout simplement parce que ça ne sert à rien
— Marius Mesnil, co-secrétaire général de l'Union syndicale lycéenne
Vuoi la storia completa? Leggi l'originale su Le Figaro ↗
Contattaci Domande frequenti