Les forces fédérales ont pris Mekele sans combats immédiats, le TPLF se retirant avec ses armes vers une stratégie de guérilla. Le TPLF, qui avait repris la ville en 2021, promet de vaincre l'armée fédérale à nouveau, invoquant son expérience passée de reconquête.
L'armée éthiopienne entre à Mekele, capitale du Tigré abandonnée par les rebelles
Nous les vaincrons à nouveau, ce n'est qu'une question de temps
Pourquoi le TPLF a-t-il simplement quitté Mekele sans combattre ? C'est une retraite stratégique ou une débâcle ?
C'est une retraite calculée. Le TPLF a déjà vécu ce scénario en 2020 — il s'était replié dans les montagnes, avait mené une guérilla pendant des mois, puis avait lancé une contre-offensive victorieuse en 2021. Leur président Debretsion Gebremichael dit explicitement qu'ils vont recommencer : « Nous les vaincrons à nouveau, ce n'est qu'une question de temps ».
Mais attendez — en 2021, le TPLF avait réussi à repousser les forces fédérales jusqu'à 200 km d'Addis-Abeba. Cette fois, les forces fédérales ont l'avantage du terrain et du momentum. Les conditions ne sont pas les mêmes. Et on ne sait pas vraiment l'état réel des forces du TPLF — les télécommunications sont coupées, on n'a que des observations fragmentaires.
Qu'est-ce qui pourrait transformer ce conflit local en crise régionale ?
Les alliances. L'Éthiopie accuse l'Érythrée, l'Égypte et le Soudan de soutenir le TPLF. Et l'Éthiopie elle-même soutient les Forces de soutien rapides soudanaises contre l'armée soudanaise. Il y a aussi la question du barrage du Nil — l'Égypte le voit comme une menace existentielle. Et le Somaliland. Tout cela crée une toile d'alliances rivales.
Mais les preuves concrètes de ce soutien externe au TPLF — elles sont où ? L'article dit que l'Éthiopie « accuse » l'Érythrée et l'Égypte, mais ce sont des accusations, pas des faits établis. Et ce mini-sommet de dimanche à Alamein — on ne sait pas ce qui va s'y dire, on ne sait même pas si c'est vraiment lié au conflit du Tigré ou juste une coïncidence de calendrier.
Alors le TPLF peut vraiment revenir au pouvoir ?
C'est ce qu'il prétend. Il invoque son expérience : il a dirigé l'Éthiopie pendant trois décennies jusqu'en 2018, il a déjà repoussé l'armée fédérale une fois. Mais cette fois, les forces fédérales ont l'initiative et le terrain.
Et on ne sait pas non plus combien de combattants le TPLF a perdus, quel est son état de préparation réel, ou si ses alliés régionaux vont vraiment intervenir. L'accord de fin 2022 n'a jamais été vraiment mis en œuvre — on ne sait même pas pourquoi. C'est un conflit où beaucoup de pièces du puzzle manquent.
O Pulso
- Les forces fédérales éthiopiennes ont pris Mekele le 3 octobre sans combats immédiats
- Le TPLF a quitté la ville avec ses armes, optant pour une stratégie de guérilla
- Les combats ont repris le 23 septembre après un accord de cessez-le-feu de fin 2022
- Le TPLF avait repris Mekele en 2021 après une guérilla de plusieurs mois
- 700 km de frontière partagent l'Éthiopie et le Soudan, zone de tensions régionales
Les forces fédérales ont pris Mekele sans combats immédiats, le TPLF se retirant avec ses armes vers une stratégie de guérilla. Le TPLF, qui avait repris la ville en 2021, promet de vaincre l'armée fédérale à nouveau, invoquant son expérience passée de reconquête.
Les troupes fédérales éthiopiennes sont entrées samedi dans Mekele, capitale du Tigré, largement abandonnée par les forces rebelles du TPLF après la reprise des combats le 23 septembre.
Les troupes fédérales éthiopiennes ont franchi les portes de Mekele samedi 3 octobre, selon une source humanitaire contactée par l'AFP. La capitale du Tigré, région du nord éthiopien, s'était vidée de ses défenseurs quelques heures plus tôt — les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) avaient plié bagage et quitté la ville en emportant leurs armes, cédant le terrain sans livrer bataille.
Cette avancée marque un tournant brutal dans un conflit qui s'était rallumé le 23 septembre après des mois de tensions croissantes. L'armée fédérale éthiopienne affronte depuis cette date le TPLF, formation politique qui contrôlait de facto le Tigré depuis avril, ainsi que les milices Fano de l'État voisin de l'Amhara. En avril justement, le TPLF avait chassé l'administration nommée par le gouvernement fédéral, défiant ouvertement l'autorité du Premier ministre Abiy Ahmed — un geste de défi qui a ravivé les blessures d'un conflit jamais vraiment résolu.
Un journaliste local à Mekele a décrit à l'AFP la scène du retrait : les dirigeants et troupes du TPLF quittaient progressivement la ville à mesure que les forces fédérales se rapprochaient, qui avançaient dans sa direction depuis le lundi précédent. Les bâtiments officiels et les postes de police se sont retrouvés sans surveillance, abandonnés à l'arrivée des troupes fédérales. Selon la source humanitaire, les forces fédérales et leurs alliés ont été observés à plusieurs endroits de la ville, mais aucun combat n'a été signalé dans l'immédiat. Les télécommunications au Tigré restent extrêmement perturbées depuis la reprise des hostilités, ce qui rend difficile la vérification des informations qui filtrent.
Ce n'est pas la première fois que Mekele change de mains. En novembre 2020, l'armée fédérale avait pris la ville en trois semaines lors d'une offensive-éclair, accusant le TPLF d'avoir attaqué des camps militaires au Tigré. Le TPLF s'était alors retranché dans les montagnes et, après plusieurs mois de guérilla, avait lancé une contre-offensive en juin 2021 qui lui avait permis de reprendre Mekele en dix jours et l'essentiel du Tigré en un mois. Cette fois-ci, le TPLF semble opter pour une stratégie différente. Dans une vidéo publiée jeudi soir, le président du TPLF Debretsion Gebremichael a semblé reconnaître les revers de ses troupes tout en annonçant un basculement vers la guérilla. « Notre stratégie est de frapper l'ennemi où nous voulons », a-t-il déclaré, rappelant que le TPLF avait déjà chassé les forces gouvernementales hors du Tigré « dans le passé » en huit mois. « Nous les vaincrons à nouveau, ce n'est qu'une question de temps », a-t-il assuré.
La prise de Mekele sans combats immédiats pourrait sembler une victoire nette pour Addis-Abeba, mais elle intervient dans un contexte régional de plus en plus instable. Les observateurs craignent désormais que le conflit ne s'étende au-delà des frontières éthiopiennes, notamment vers l'Érythrée, qui borde le Tigré au nord, ou vers le Soudan, qui partage 700 kilomètres de frontière avec l'Éthiopie à l'ouest. Ahmed Soliman et Abel Abate Demissie, chercheurs du centre de réflexion Chatham House, se demandent si le gouvernement éthiopien va « chercher à confiner le conflit » dans le nord ou « envisager des possibilités plus audacieuses », comme « cibler l'Érythrée ».
Ces craintes ne sont pas sans fondement. Une source diplomatique a confié à l'AFP qu'un mini-sommet réunirait dimanche à Alamein, en Égypte, en marge d'un forum africain d'affaires, les présidents d'Égypte Abdel Fattah al-Sissi, d'Érythrée Issaias Afeworki et de Somalie Hassan Sheikh Mohamud, ainsi que le chef des Forces armées soudanaises Abdel Fattah al-Burhane. L'Éthiopie accuse l'Érythrée, l'Égypte et les forces soudanaises de soutenir le TPLF, dans un contexte de rivalités régionales intenses autour de la Corne de l'Afrique et de la mer Rouge, voie maritime stratégique. De son côté, l'Éthiopie est accusée de servir de plateforme de soutien aux Forces de soutien rapides soudanaises, que l'armée soudanaise affronte depuis 2023. L'Égypte voit le grand barrage éthiopien sur le Nil comme une « menace existentielle », tandis que la Somalie s'inquiète du rapprochement d'Addis-Abeba avec le Somaliland, région autoproclamée indépendante depuis 1991.
Un accord avait mis fin aux combats fin 2022, mais plusieurs dispositions-clés n'ont jamais été mises en œuvre, alimentant les tensions qui ont finalement explosé en septembre. La prise de Mekele sans résistance immédiate ne signifie pas la fin du conflit — elle marque plutôt le passage à une nouvelle phase, celle où le TPLF se prépare à une longue lutte depuis les montagnes tandis que les rivalités régionales menacent de transformer un conflit interne en crise continentale.
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Notre stratégie est de frapper l'ennemi où nous voulons... Nous les vaincrons à nouveau, ce n'est qu'une question de temps— Debretsion Gebremichael, président du TPLF