L'armée éthiopienne contrôle Mekele tandis que ses rivaux se réunissent en Égypte

Des pillages ont été constatés à Mekele pendant l'absence de forces de sécurité ; les civils ont fermé leurs commerces et mis leurs stocks à l'abri.
Le prochain, c'est le dictateur érythréen
Un responsable du TPLF dissidents désigne l'Érythrée comme la cible suivante après la chute de Mekele.
Mark

Pourquoi cette prise de Mekele inquiète-t-elle autant les voisins de l'Éthiopie ?

Mimi

Parce que le conflit éthiopien n'est jamais vraiment isolé. L'Égypte craint que l'Éthiopie n'utilise sa victoire pour consolider son influence sur le Nil. L'Érythrée voit une menace directe — un responsable du TPLF a même dit que l'Érythrée serait la prochaine cible. Et le Soudan, déjà en guerre interne, redoute que l'Éthiopie ne continue à soutenir les paramilitaires qui le déstabilisent.

Luke

Mais attendez — le ministre égyptien dit que le Caire n'a « absolument rien à voir » avec les événements. Comment savons-nous vraiment qui soutient qui ? L'Éthiopie accuse l'Égypte, l'Érythrée et le Soudan de soutenir le TPLF, mais ce sont des accusations, pas des preuves documentées.

Mimi

C'est juste. Ce qu'on sait, c'est que ces quatre pays se sont réunis dimanche en Égypte et ont parlé de la Corne de l'Afrique. Ils ont réaffirmé leur engagement envers la paix. Mais le timing — juste après la chute de Mekele — suggère une coordination ou du moins une inquiétude commune.

Mark

Et la rupture diplomatique entre l'Éthiopie et l'Érythrée ? C'est nouveau ?

Mimi

Oui, vendredi. L'Éthiopie a accusé l'Érythrée d'« hostilité et de belligérance » et a rompu les relations. Puis il y a eu des explosions à Addis-Abeba causées par des drones. C'est un escalade rapide.

Luke

Mais qui a lancé les drones ? Les sources disent « selon des observateurs », ce qui n'est pas très spécifique. Et on ne sait pas si c'est l'Érythrée, une autre puissance régionale, ou même une faction interne.

Mimi

Exact. Ce qu'on peut dire, c'est qu'Addis-Abeba a été frappée pour la première fois depuis longtemps, et que cela s'est produit juste avant la rupture diplomatique avec l'Érythrée. Les observateurs craignent que cela ne se reproduise.

Mark

Et les civils à Mekele ? Comment vivent-ils cette situation ?

Mimi

Mal. Les commerces sont fermés, les gens ont caché leurs stocks pour éviter les pillages qui ont eu lieu quand il n'y avait pas de forces de sécurité. Les télécommunications viennent à peine d'être rétablies. C'est une ville sous occupation, même si elle a été prise sans combats.

Luke

Mais on ne sait pas vraiment ce que les civils pensent ou veulent. On sait juste qu'ils ont fermé leurs magasins et qu'il y a eu des pillages. C'est une description de la peur, pas une mesure de l'opinion publique.

  • L'armée éthiopienne a pris Mekele sans combats dimanche 4 octobre
  • Les présidents égyptien, érythréen et somalien se sont réunis à El-Alamein dimanche
  • L'Éthiopie a rompu ses relations diplomatiques avec l'Érythrée vendredi
  • Des explosions causées par des drones ont frappé Addis-Abeba samedi
  • Des pillages ont été constatés à Mekele pendant l'absence de forces de sécurité

L'armée éthiopienne a pris Mekele sans combats dimanche 4 octobre, marquant une avancée majeure contre le TPLF et les milices Fano. L'Égypte, l'Érythrée et le Soudan se réunissent en Égypte, craignant une extension du conflit dans la Corne de l'Afrique et autour de la mer Rouge.

L'armée fédérale éthiopienne et une milice alliée contrôlent Mekele, capitale du Tigré. Cette avancée suscite des craintes d'extension du conflit hors d'Éthiopie, avec des rivaux régionaux réunis en Égypte.

Dimanche 4 octobre, l'armée fédérale éthiopienne et une milice tigréenne dissidente ont pris le contrôle de Mekele, capitale de l'État régional du Tigré, sans rencontrer de résistance armée. Les forces rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui gouvernaient de facto la région depuis avril, ont évacué la ville face à l'avancée fédérale. Cette prise de contrôle marque un tournant majeur dans un conflit qui s'est ravivé fin septembre après des mois de tensions fragiles, opposant l'armée fédérale au TPLF et aux milices Fano de l'État voisin de l'Amhara.

La situation à Mekele reflète l'ampleur du bouleversement. Les combattants de la Force de paix du Tigré, la milice alliée au gouvernement fédéral, gardent désormais les principaux bâtiments officiels tandis que les patrouilles militaires éthiopiennes sillonnent les rues. Les télécommunications, coupées depuis la reprise des combats, ont été rétablies. Mais la vie civile reste figée : les commerces sont restés fermés dimanche, les commerçants ayant mis leurs stocks en sécurité après avoir constaté des pillages pendant les heures où la ville était sans forces de sécurité. Les autorités rebelles du Tigré ont annoncé dimanche qu'elles avaient « temporairement déménagé » de Mekele pour permettre à leurs combattants de poursuivre la lutte ailleurs.

Cette avancée militaire déclenche des alarmes bien au-delà des frontières éthiopiennes. Dimanche, en marge d'une réunion de l'Union africaine à El-Alamein en Égypte, les présidents égyptien Abdel Fattah al-Sissi, érythréen Issaias Afeworki et somalien Hassan Sheikh Mohamud, ainsi que le chef des Forces armées soudanaises Abdel Fattah al-Burhane, se sont réunis pour discuter des « récents développements dans la Corne de l'Afrique et la région de la mer Rouge ». Ils ont réaffirmé leur engagement à régler les différends par des moyens pacifiques et souligné la nécessité de respecter le droit international et le principe de non-ingérence. Le ministre égyptien des Affaires étrangères Badr Abdelatty a déclaré aux médias proches de l'État que le Caire n'avait « absolument rien à voir » avec les événements en Éthiopie, les qualifiant de « crise intérieure » due aux divisions ethniques et politiques du pays.

Le conflit éthiopien s'inscrit dans un réseau de rivalités régionales complexes. L'Éthiopie accuse l'Érythrée, l'Égypte et le Soudan de soutenir le TPLF, dans un contexte de compétitions géopolitiques autour de la mer Rouge, voie maritime stratégique. De son côté, l'Éthiopie est accusée de servir de base arrière aux Forces de soutien rapides (FSR), les paramilitaires que l'armée soudanaise affronte depuis 2023. L'Égypte voit le grand barrage éthiopien sur le Nil comme une « menace existentielle », tandis que la Somalie s'inquiète du rapprochement d'Addis-Abeba avec le Somaliland, région autoproclamée indépendante depuis 1991.

Les tensions entre l'Éthiopie et l'Érythrée, rivales historiques, se sont dramatiquement aggravées. Vendredi, l'Éthiopie a accusé l'Érythrée d'actes « d'hostilité et de belligérance » et a rompu ses relations diplomatiques avec elle. Le même jour, l'Éthiopie a expulsé un diplomate égyptien, l'Égypte répliquant par une mesure identique. Quelques heures avant ces ruptures, des explosions causées par des drones selon des observateurs ont frappé deux bâtiments militaires à Addis-Abeba, la capitale fédérale, marquant la première attaque contre la ville depuis longtemps. Des observateurs craignent que ces frappes ne se reproduisent.

Cette escalade s'inscrit dans l'histoire longue des relations sino-éthiopiennes et érythréennes. Après son arrivée au pouvoir en 2018, le Premier ministre Abiy Ahmed s'était rapproché du président érythréen Issaias Afeworki, une réconciliation qui lui avait valu le prix Nobel de la paix l'année suivante. Mais les relations se sont profondément détériorées depuis, notamment parce qu'Abiy a exprimé à plusieurs reprises le désir de donner à l'Éthiopie, pays enclavé, un accès souverain à la mer Rouge — un accès que l'indépendance érythréenne en 1993 lui a ôté. L'Érythrée, ancienne colonie italienne annexée par l'Éthiopie, avait remporté son indépendance après trois décennies de lutte armée. L'Éthiopie et l'Érythrée s'étaient déjà affrontées entre 1998 et 2000 dans un conflit à grande échelle autour de différends frontaliers.

Les États-Unis ont averti samedi que les tensions actuelles entre l'Éthiopie et l'Érythrée « pouvaient potentiellement affecter » toute la Corne de l'Afrique et ont exhorté les deux pays à « respecter l'intégrité territoriale » de leurs voisins. Un responsable de la faction dissidente du TPLF qui a rallié le gouvernement fédéral a déclaré dimanche à l'AFP que « le prochain, c'est le dictateur érythréen », désignant l'Érythrée comme la cible suivante. Bien que l'armée fédérale ne contrôle pour l'heure que partiellement l'État régional du Tigré, la prise de sa capitale n'annonce pas la fin du conflit — elle pourrait au contraire marquer le début d'une phase régionale plus large.

Le Caire n'avait absolument rien à voir avec les événements en Éthiopie, les qualifiant de crise intérieure due aux divisions ethniques et politiques du pays
— Badr Abdelatty, ministre égyptien des Affaires étrangères
Les tensions actuelles entre Éthiopie et Érythrée pouvaient potentiellement affecter toute la Corne de l'Afrique
— Les États-Unis
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