La France a déjà consacré 13,4 millions d'euros à la riposte entre janvier et juillet, et s'engage à renforcer son soutien face à cette 17e épidémie d'Ebola. L'épidémie s'est étendue à sept provinces avec 8 300 cas et un taux de létalité de 48,4 %, mais montre des signes d'amélioration en Ituri, l'épicentre initial.
La France renforce son aide contre l'épidémie d'Ebola en RD Congo
Les virus ne connaissent pas les frontières
Pourquoi la France envoie-t-elle son ministre des Affaires étrangères pour une épidémie ? N'est-ce pas plutôt un dossier de santé publique ?
C'est une bonne question. Barrot n'est pas venu en tant que spécialiste médical, mais pour signaler que la France considère cette crise comme un enjeu de sécurité sanitaire mondiale. Son argument est que les virus ne s'arrêtent pas aux frontières, donc l'aide à la RD Congo protège aussi la France.
D'accord, mais il faut noter que c'est la première visite d'un ministre européen depuis le début de l'épidémie. Cela dit quelque chose sur le niveau d'engagement international jusqu'à présent.
Vous dites que l'épidémie s'améliore en Ituri. Comment peut-on être sûr que c'est grâce à l'aide, et pas juste parce que le virus s'est déplacé ailleurs ?
C'est exactement ce que Muyembe a dit : l'épidémie se déplace. Le virus circule avec moins d'intensité en Ituri qu'au Nord-Kivu. Mais oui, c'est difficile d'isoler la cause précise.
Et le centre de traitement de Rwampara fonctionne à 24 % de capacité. Cela pourrait signifier que la riposte est efficace et que moins de gens ont besoin d'hospitalisation. Ou cela pourrait signifier que les gens n'accèdent pas aux soins. Le chiffre seul ne dit pas tout.
Les 5 000 personnes déplacées en Ituri — c'est à cause de l'épidémie ou des conflits armés ?
C'est à cause des conflits armés. L'ONU rapporte que les affrontements entre milices locales ont entravé les opérations de riposte et forcé les gens à fuir.
Ce qui signifie que même si l'aide augmente, la sécurité reste un problème fondamental. On ne peut pas traiter Ebola si les équipes ne peuvent pas accéder aux zones affectées.
Et cette affaire de Karine Buisset — pourquoi Barrot l'a-t-il soulevée lors d'une visite sur Ebola ?
Parce qu'il rencontrait le président Tshisekedi de toute façon. C'est l'occasion de traiter plusieurs dossiers à la fois. Mais cela montre aussi que la RD Congo fait face à des crises multiples : épidémie, conflit armé, violences sexuelles liées au conflit.
Il faut être prudent sur les chiffres de morts. Le source dit 4 018 décès confirmés, mais le taux de létalité de 48,4 % sur 8 300 cas donnerait environ 4 000 morts. Les chiffres s'alignent, donc c'est cohérent. Mais on ne sait pas si ces chiffres incluent les cas non confirmés ou les décès dans les zones reculées.
Der Puls
- 17e épidémie d'Ebola en RD Congo, la plus meurtrière de l'histoire du pays
- 8 300 cas, 4 018 décès, taux de létalité de 48,4 %
- France a consacré 13,4 millions d'euros entre janvier et juillet
- Épidémie s'est étendue à sept provinces depuis l'Ituri
- Plus de 5 000 personnes déplacées en Ituri par les affrontements armés
La France a déjà consacré 13,4 millions d'euros à la riposte entre janvier et juillet, et s'engage à renforcer son soutien face à cette 17e épidémie d'Ebola. L'épidémie s'est étendue à sept provinces avec 8 300 cas et un taux de létalité de 48,4 %, mais montre des signes d'amélioration en Ituri, l'épicentre initial.
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a visité la RD Congo pour plaider en faveur d'un renforcement de l'aide contre la plus grave épidémie d'Ebola de l'histoire du pays, qui a fait plus de 4 000 morts.
Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, s'est rendu samedi en République démocratique du Congo pour plaider en faveur d'un renforcement massif de l'aide internationale face à l'épidémie d'Ebola la plus meurtrière que le pays ait jamais connue. Sa visite à Bunia, capitale de la province de l'Ituri, marquait la première venue d'un ministre européen depuis le début de cette crise sanitaire. Le message était clair : la France entend intensifier son engagement aux côtés des autorités congolaises et des organisations humanitaires mobilisées sur le terrain.
La RD Congo traverse actuellement sa dix-septième épidémie d'Ebola, une flambée qui a dépassé en quelques mois tous les précédents records de mortalité dans le pays. Depuis le début de l'épidémie, 8 300 cas ont été enregistrés, dont 4 018 décès et 2 162 guérisons, selon les chiffres officiels des autorités congolaises. Le taux de létalité s'établit à 48,4 %. L'épidémie, partie de l'Ituri, s'est depuis propagée à sept provinces du territoire national, transformant une crise régionale en menace sanitaire d'envergure nationale.
Barrot a justifié l'engagement français en rappelant une vérité épidémiologique fondamentale : les virus ignorent les frontières. Aucun pays ne peut se protéger efficacement sans éradiquer le foyer à sa source, aussi lointain soit-il. La France a déjà investi 13,4 millions d'euros dans la riposte entre janvier et juillet, et le ministre a annoncé son intention de renforcer ce soutien. Au cours de sa visite, il s'est arrêté au centre de traitement Ebola de Rwampara, en périphérie de Bunia, un établissement construit par l'ONG Alima avec le soutien français. Ce centre, l'un des premiers déployés dans la province, fonctionnait à 24 % de sa capacité au moment de la visite.
Malgré ces efforts, des signes d'amélioration commencent à émerger. Jean-Jacques Muyembe, virologue congolais et co-découvreur du virus Ebola, présent lors de la visite de Barrot, a indiqué que l'épidémie se déplace progressivement. Le virus circule désormais avec moins d'intensité en Ituri que dans la province voisine du Nord-Kivu, suggérant que les mesures de riposte produisent des résultats, du moins dans certaines zones.
Cependant, la riposte sanitaire fait face à des obstacles majeurs qui menacent sa continuité. Le manque de ressources financières et matérielles entrave le suivi des cas dans les zones reculées. Plus gravement, la présence de groupes armés et la méfiance d'une partie des populations locales compliquent les opérations sur le terrain. Ces derniers jours, de violents affrontements armés ont perturbé les efforts de riposte dans certaines localités de l'Ituri, où un conflit communautaire oppose des milices locales. Selon l'ONU, ces violences ont entraîné le déplacement de plus de 5 000 personnes, ajoutant une dimension humanitaire supplémentaire à une crise déjà complexe.
La visite de Barrot ne s'est pas limitée aux enjeux sanitaires. Vendredi, il a rencontré le président congolais Félix Tshisekedi à Kinshasa pour discuter d'autres dossiers sensibles. Il a notamment demandé aux autorités congolaises de progresser dans l'enquête sur la mort de Karine Buisset, une humanitaire française tuée en mars lors d'une frappe de drone non revendiquée à Goma, capitale du Nord-Kivu tombée aux mains du groupe armé M23 soutenu par Kigali en 2025. Le ministre a également annoncé le lancement d'un projet conjoint franco-congolais doté de 1,3 million d'euros visant à faciliter l'accès à la justice pour les victimes de violences sexuelles liées au conflit, une initiative présentée vendredi par le ministère congolais de la Justice.
La visite de Barrot s'inscrit dans un contexte où la riposte contre Ebola doit naviguer entre urgence sanitaire, instabilité sécuritaire et enjeux de justice transitionnelle. Le renforcement de l'aide française, annoncé lors de cette visite, représente un signal politique fort, mais aussi une reconnaissance que les défis sur le terrain dépassent largement les capacités actuelles de réponse.
Bemerkenswerte Zitate
Les virus ne connaissent pas les frontières et vous ne pouvez vous en prémunir qu'à la condition de les éradiquer là où ils surgissent, si loin que cela puisse être du territoire national— Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères
Le virus circule désormais avec moins d'intensité en Ituri que dans la province voisine du Nord-Kivu— Jean-Jacques Muyembe, virologue congolais et co-découvreur du virus Ebola