Israël : Netanyahu tient bon malgré le 7-Octobre et les critiques avant les législatives

Le 7 octobre 2023, le Hamas a tué 1 221 personnes en Israël, majoritairement des civils, et enlevé 251 otages ; la riposte militaire israélienne a depuis causé plus de 74 200 morts à Gaza selon le ministère de la Santé du territoire.
Le capitaine qui mène le navire dans la tempête
Comment Netanyahu incarne, dans l'idéologie de ses soutiens, le seul garant face à une menace existentielle perçue.
Mark

Pourquoi Netanyahu reste-t-il aussi solide politiquement malgré les accusations selon lesquelles il aurait ignoré des avertissements avant le 7-Octobre ?

Mimi

Le traumatisme sécuritaire national a paradoxalement renforcé son socle électoral. Dans une société qui se sent menacée d'existence, Netanyahu incarne le seul garant d'une continuité nationaliste forte. La peur prime sur la responsabilité.

Luke

Mais les sondages montrent une course très serrée — 54 sièges pour l'opposition contre 49 pour sa coalition selon Channel 12. Ce n'est pas vraiment une solidité écrasante.

Mark

Comment Netanyahu a-t-il géré les révélations selon lesquelles il aurait été averti dix jours avant l'attaque ?

Mimi

Il les a niées catégoriquement. Mais plus intéressant : il a construit un récit alternatif selon lequel un « État profond » de gauche l'aurait volontairement tenu dans l'ignorance pour le faire tomber.

Luke

Sauf que son propre agenda montre qu'il a été informé à 6h29 le matin du 7-Octobre. Et dans une vidéo de campagne, il prétend avoir été réveillé tard, ce qui contredit ses propres documents. C'est une contradiction documentée.

Mark

L'opposition a-t-elle une stratégie pour le battre ?

Mimi

Gadi Eisenkot, ancien chef d'État-Major, fait campagne sur la redevabilité politique et les fiascos du 7-Octobre. Mais l'opposition dans son ensemble peine à s'imposer au-delà du rejet de Netanyahu.

Luke

C'est le problème clé : elle a abandonné les sujets de politique interne — logement, justice sociale, inégalités — pour se concentrer sur la sécurité, le terrain où Netanyahu est le plus fort. C'est une stratégie défensive qui joue en sa faveur.

Mark

Qu'est-ce qui pourrait changer la donne avant le 27 octobre ?

Mimi

Toute nouvelle menace sécuritaire ramène le débat politique sur le terrain où Netanyahu excelle. La tentative d'attentat sur le vol Flydubai en septembre en a fourni un exemple : il a transformé l'incident en opportunité de campagne.

Luke

Mais on ne sait pas si d'autres menaces vont émerger, et on ne sait pas non plus comment les électeurs indécis vont voter. Les sondages sont serrés, ce qui signifie que le résultat reste ouvert.

Mark

Comment Netanyahu a-t-il échappé à la responsabilité politique ?

Mimi

Il refuse simplement de l'endosser. Herzi Halevi a démissionné, le Shin Bet a reconnu son échec, mais Netanyahu a limogé le patron du Shin Bet en invoquant un « manque de confiance ». Il a neutralisé les leviers administratifs qui auraient pu le faire tomber.

Luke

C'est vrai, mais il faut noter que cette stratégie fonctionne surtout parce que le traumatisme sécuritaire national est si profond qu'il éclipse les questions de responsabilité. Sans ce contexte, sa résistance serait probablement moins efficace.

  • Le 7 octobre 2023, le Hamas a tué 1 221 personnes en Israël et enlevé 251 otages
  • La riposte militaire israélienne a causé plus de 74 200 morts à Gaza selon le ministère de la Santé du territoire
  • Les sondages du 6 octobre donnent 54 sièges à l'opposition contre 49 à la coalition de Netanyahu
  • Netanyahu a été informé dès 6h29 d'une attaque en provenance de Gaza le 7 octobre, selon son propre agenda

Netanyahu refuse toute responsabilité politique pour les défaillances du 7-Octobre, malgré les accusations selon lesquelles il aurait été averti dix jours avant l'attaque. Le traumatisme sécuritaire israélien renforce paradoxalement le soutien à Netanyahu, perçu comme le seul garant d'une continuité nationaliste forte face à une menace existentielle.

Trois ans après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, Benjamin Netanyahu affronte des législatives le 27 octobre en tant que Premier ministre accusé d'avoir ignoré des avertissements. Son socle électoral reste cependant solide, alimenté par le traumatisme sécuritaire national.

Un père endeuillé s'est avancé vers Benjamin Netanyahu lors d'une cérémonie officielle le 5 octobre, la voix tremblante de rage. « Tu n'as pas su protéger mon fils le 7-Octobre, ni les 1 200 autres personnes tuées. Honte à toi ! » Ces mots, criés en pleine assemblée, résumaient la question qui pourrait déterminer l'avenir politique du Premier ministre israélien : comment celui qui gouverne depuis près de deux décennies répond-il à la pire catastrophe sécuritaire de l'histoire récente du pays ?

Dans trois semaines, le 27 octobre, les Israéliens voteront. Ce scrutin législatif fonctionne comme un plébiscite sur la gestion de Netanyahu des événements du 7 octobre 2023, quand le Hamas a tué 1 221 personnes en Israël — en majorité des civils selon un décompte de l'AFP basé sur les données officielles — et enlevé 251 otages. Trois ans plus tard, les questions demeurent : que savait Netanyahu avant l'attaque ? Pourquoi les avertissements n'ont-ils pas été pris en compte ? Qui doit rendre des comptes pour les défaillances qui ont permis au Hamas de frapper aussi profondément ?

En septembre, la presse a révélé que les Émirats arabes unis et l'Égypte avaient prévenu Netanyahu dix jours avant le drame que le Hamas préparait une opération d'ampleur. Son bureau a catégoriquement rejeté cette accusation. Pourtant, un agenda publié par son propre bureau indique qu'il avait été informé dès 6 h 29 d'une attaque en provenance de Gaza le matin du 7 octobre. Dans une vidéo de campagne publiée en août, Netanyahu a affirmé que les responsables de la sécurité l'avaient volontairement tenu dans l'ignorance pendant plusieurs heures, craignant sa réaction. « S'ils m'avaient réveillé, tout aurait été différent », a-t-il déclaré — une version des faits contredite par ses propres documents.

Malgré ces accusations, Netanyahu tient bon. Herzi Halevi, ancien chef d'état-major, a endossé ses responsabilités en démissionnant en janvier 2025. Le Shin Bet, l'agence israélienne de la sécurité intérieure, a reconnu avoir « échoué ». Netanyahu, lui, a toujours refusé d'endosser la moindre responsabilité politique. Quelques mois après la démission d'Halevi, le gouvernement a annoncé le limogeage du patron du Shin Bet, Ronen Bar — une décision qui a provoqué des manifestations de masse, mais que Netanyahu a justifiée par un « manque de confiance » persistant.

Ce qui frappe les observateurs, c'est la solidité du socle électoral de Netanyahu malgré le traumatisme national. Sylvaine Bulle, professeure de sociologie à l'EHESS et spécialiste de la société israélienne, explique : « Le traumatisme du 7-Octobre n'a pas affaibli le socle traditionnel de 'Bibi' : il l'a renforcé. Il est la seule personne qui peut convertir une peur nationale face à une menace existentielle en vote. » Le traumatisme reste immense dans la société israélienne, empêchant toute remise en question de la riposte militaire menée par Netanyahu. Cette guerre a fait plus de 74 200 morts à Gaza selon le ministère de la Santé du territoire, placé sous l'autorité du Hamas, dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.

Netanyahu construit un récit alternatif face aux accusations. Il brandit l'argument d'un « État profond » composé des services de sécurité et des élites bureaucratiques de gauche, affirmant que les généraux, les chefs et les agences de sécurité ont voulu sa chute en laissant les attaques du 7-Octobre arriver. Nicolas Rouger, journaliste indépendant basé en Israël, note : « Doté d'une impudence particulière, Benjamin Netanyahu ne ressent aucun besoin de se dédouaner de façon morale. Il n'a pas de honte politique. » Cette stratégie fonctionne : plus il s'exonère de toute responsabilité, plus il gagne des points auprès de son électorat.

Pourtant, les sondages montrent une course extrêmement serrée. Une enquête publiée le 6 octobre par Channel 12 donnait le bloc d'opposition à 54 sièges contre 49 pour la coalition de Netanyahu, sans qu'aucun camp n'atteigne la majorité de 61 sièges nécessaire pour gouverner seuls à la Knesset. Gadi Eisenkot, ancien chef d'État-Major et principal adversaire de Netanyahu, devançait même le Likoud en nombre de sièges. Mais l'opposition peine à s'imposer autrement que par le rejet de l'homme en place. Elle a abandonné les sujets de politique interne — justice sociale, logement, lutte contre les inégalités — laissant les partis religieux s'emparer du terrain social auprès des classes populaires. Dès qu'une nouvelle menace apparaît, le débat politique revient mécaniquement sur le terrain où Netanyahu se sent le plus à l'aise : la sécurité. La tentative d'attentat présumée à bord d'un vol Flydubai fin septembre, déjouée par le copilote et des passagers, en a fourni un nouvel exemple. Netanyahu a déclaré que le pilote était « un héros pour le monde entier » et l'a invité en Israël, sans répondre aux doutes en matière de sécurité soulevés par l'opposition.

Dans la ligne idéologique de Netanyahu, le peuple juif navigue de catastrophe en catastrophe. Il incarne donc un « capitaine » pour mener le navire dans la tempête — une image qui résonne profondément dans une société traumatisée où la sécurité demeure prioritaire, où la défense d'Israël est perçue comme une condition de survie. Une large part de la population continue de voir en Netanyahu le seul garant d'une continuité sécuritaire et nationaliste forte. Le 27 octobre, les Israéliens rendront leur verdict sur cette vision.

Le traumatisme du 7-Octobre n'a pas affaibli le socle traditionnel de Netanyahu : il l'a renforcé. Il est la seule personne qui peut convertir une peur nationale face à une menace existentielle en vote.
— Sylvaine Bulle, professeure de sociologie à l'EHESS
Doté d'une impudence particulière, Benjamin Netanyahu ne ressent aucun besoin de se dédouaner de façon morale. Il n'a pas de honte politique.
— Nicolas Rouger, journaliste indépendant basé en Israël
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