Felipe VI visite Ceuta pour la première fois depuis 2014, trois mois après une crise migratoire majeure provenant du Maroc affectant l'enclave espagnole. Le Maroc revendique depuis 1956 la souveraineté sur Ceuta et Melilla ; la visite royale réaffirme la présence espagnole et pourrait être perçue comme provocatrice à Rabat.
Felipe VI à Ceuta : un geste de soutien qui ravive les tensions avec le Maroc
Ceuta n'est pas à vendre, Ceuta se défend
Pourquoi cette visite du roi est-elle si délicate diplomatiquement ?
Parce que Ceuta est une enclave espagnole sur le sol marocain, et le Maroc la revendique depuis 1956. Quand le roi d'Espagne y va, c'est un geste qui réaffirme la souveraineté espagnole. C'est perçu comme une provocation à Rabat.
Mais attends — si c'était vraiment une provocation, pourquoi Mohammed VI l'aurait-il approuvée ? El Pais le dit, mais ni Rabat ni Madrid ne confirment. C'est une source diplomatique anonyme.
Donc on ne sait pas vraiment si le Maroc approuve ?
Exactement. Ce qu'on sait, c'est que Mohammed VI a parlé de « partenariat » et a rejeté le « chantage ». Mais il n'a pas dit oui ou non à la visite.
Et la dernière visite royale, en 2007, avait provoqué un rappel d'ambassadeur. Donc il y a un précédent pour la colère marocaine.
Qu'est-ce qui a déclenché tout cela ?
En juillet, plus de 72 000 migrants en provenance du Maroc sont arrivés à Ceuta en quelques jours. C'était une crise humanitaire majeure. Plusieurs milliers restent encore dans les rues et les collines.
Et les rapports de police espagnols accusent les autorités marocaines de laxisme. Mais Sanchez lui-même rejette ces accusations. Donc même au sein du gouvernement espagnol, il n'y a pas consensus sur qui est responsable.
Quel est le vrai enjeu ici ?
C'est un test pour la relation Madrid-Rabat. L'Espagne a soutenu le plan marocain pour le Sahara occidental en 2023. Maintenant, le Maroc doit décider s'il laisse passer cette visite ou s'il riposte.
Mais on ne sait pas vraiment ce qu'il va faire, parce que l'approbation supposée de Mohammed VI n'est pas confirmée. On spécule sur les intentions d'un roi qui n'a pas parlé clairement.
El Pulso
- Felipe VI visite Ceuta mardi 13 octobre pour la première fois depuis 2014
- Plus de 72 000 migrants en provenance du Maroc sont arrivés à Ceuta en juillet
- Le Maroc revendique la souveraineté sur Ceuta et Melilla depuis l'indépendance en 1956
- Plusieurs milliers de migrants restent dans l'enclave de 18 km²
- La dernière visite royale espagnole remonte à 2007 et avait provoqué un rappel d'ambassadeur marocain
Felipe VI visite Ceuta pour la première fois depuis 2014, trois mois après une crise migratoire majeure provenant du Maroc affectant l'enclave espagnole. Le Maroc revendique depuis 1956 la souveraineté sur Ceuta et Melilla ; la visite royale réaffirme la présence espagnole et pourrait être perçue comme provocatrice à Rabat.
Le roi d'Espagne Felipe VI se rend à Ceuta mardi pour soutenir la population locale après l'arrivée de 72 000 migrants, mais risque de raviver les tensions diplomatiques avec le Maroc qui revendique la souveraineté de l'enclave.
Le roi Felipe VI se présente mardi à Ceuta, trois mois après que plus de 72 000 migrants en provenance du Maroc ont déferlé dans cette enclave espagnole de 18 kilomètres carrés. Officiellement, le geste vise à soutenir une population locale éprouvée. En réalité, il ravive une querelle territoriale qui oppose Madrid et Rabat depuis l'indépendance marocaine en 1956 — le Maroc revendique la souveraineté sur Ceuta et sa voisine Melilla, distante de 500 kilomètres.
Les autorités ont préparé le terrain avec une certaine urgence. Dimanche, deux jours avant l'arrivée du monarque, des dizaines de policiers accompagnés de soldats ont démantelé le dernier campement de migrants installé dans le centre historique de la ville. Le timing était serré : il fallait que Ceuta présente un visage ordonné au roi. Pourtant, plusieurs milliers de migrants restent dans l'enclave — dans les rues, dans les collines périphériques, malgré l'ouverture de centres d'accueil par le gouvernement central. Ils ne sont pas partis, simplement moins visibles.
Cette visite marque un retour symbolique : Felipe VI n'avait pas mis les pieds à Ceuta depuis son accession au trône en 2014. Le programme prévoit une visite à la mairie, des passages dans les écoles, une cérémonie religieuse en hommage aux migrants décédés, des rencontres avec la société civile. Mercredi, il s'envolera pour Melilla, l'autre enclave autonome sur le continent africain. Le calendrier politique complique tout : ces élections législatives anticipées approchent en Espagne, à peine un mois et demi plus tard.
Dans le centre-ville, où flottent les drapeaux espagnols et où s'affiche le slogan « Ceuta n'est pas à vendre, Ceuta se défend », la tension demeure palpable sous une apparence de normalité. Gema Miralles, une esthéticienne de 54 ans, exprime ce que beaucoup pensent : « Bien sûr que cela affecte la coexistence. Ce que nous voulons tous — musulmans, hindous, juifs et chrétiens — c'est qu'ils partent et nous laissent vivre, parce qu'ils ne peuvent pas rester ici. Ils sont entrés illégalement. » L'importante présence policière rappelle à chaque coin de rue que la situation reste exceptionnelle.
La visite a attiré l'attention de l'extrême droite européenne. La veille de l'arrivée du roi, Jordan Bardella, président du Rassemblement national français, s'est rendu à Ceuta aux côtés de Santiago Abascal, leader du parti espagnol Vox. Les deux ont accusé le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez d'avoir créé un « appel d'air » par sa politique de régularisation des sans-papiers. Pour eux, Ceuta est devenue un symbole, un cri de ralliement.
Mais au Maroc, la réaction est très différente. Dans l'opinion publique marocaine, nombreux voient cette visite comme une provocation. Un habitant de Casablanca interrogé par RFI l'exprime crûment : « C'est de la provocation ! En tant que roi, il ne devrait pas venir dans une ville occupée. Il aurait dû envoyer son conseiller ou son Premier ministre. Les Marocains ne vont pas oublier. » La dernière visite d'un souverain espagnol remonte à 2007, quand Juan Carlos Ier s'était rendu à Ceuta — cela avait provoqué un tollé diplomatique à Rabat, qui avait rappelé son ambassadeur à Madrid pour consultations.
Pourtant, selon le quotidien El Pais, citant des sources diplomatiques et militaires, la visite bénéficierait de l'approbation de Mohammed VI. Ni Rabat ni Madrid n'ont confirmé cette information. Le roi marocain s'est exprimé pour la première fois sur les événements de Ceuta le 9 octobre, défendant le « partenariat » avec l'Espagne tout en rejetant toute tentative de « pression » ou de « chantage ». Devant le Parlement, il a déclaré : « Face aux déclarations irresponsables de certains milieux politiques et médiatiques et à leur instrumentalisation flagrante de la situation, nous affirmons que le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne saurait faire l'objet d'aucune pression ou menace, ni d'aucun chantage. » En septembre, le ministère marocain des affaires étrangères avait déjà insisté sur l'importance de ses relations avec l'Espagne — relations que Madrid avait renforcées en 2023 en soutenant le plan marocain d'autonomie pour le Sahara occidental.
Les experts considèrent que les crises migratoires répétées et le supposé laxisme des forces de sécurité marocaines constituent des outils de pression diplomatique. Après la vague de juillet, plusieurs rapports de police espagnols ont mis en cause les autorités marocaines — accusations que Rabat a rejetées, tout comme le Premier ministre Sanchez. La visite de Felipe VI sera scrutée de près : elle constitue un nouveau test pour l'équilibre fragile du partenariat entre Madrid et Rabat.
Citas Notables
Ce que nous voulons tous — musulmans, hindous, juifs et chrétiens — c'est qu'ils partent et nous laissent vivre, parce qu'ils ne peuvent pas rester ici.— Gema Miralles, esthéticienne de 54 ans à Ceuta
Le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne saurait faire l'objet d'aucune pression ou menace, ni d'aucun chantage.— Mohammed VI, roi du Maroc, devant le Parlement le 9 octobre