Détroit d'Ormuz : le retour du pétrole ne suffit pas à faire baisser les prix

Le pétrole coule à nouveau, mais pas au prix que Trump espérait
Malgré le retour des exportations du Golfe à 80 % des niveaux d'avant-guerre, les prix stagnent autour de 100 dollars le baril.
Mark

Pourquoi Trump pensait-il que plus de pétrole signifierait automatiquement des prix plus bas?

Mimi

C'est la logique élémentaire de l'offre et de la demande. Si le détroit d'Ormuz était bloqué et que cela réduisait les exportations, alors débloquer le détroit devrait augmenter l'offre et faire baisser les prix. Trump avait promis exactement cela.

Luke

Mais le marché n'a jamais fonctionné comme ça en juin. Quand les négociations de paix ont été annoncées, les prix ont chuté de 95 à 65 dollars. Cette fois, avec du pétrole qui sort réellement du Golfe, rien. Pourquoi?

Mimi

Parce que les traders ne croient pas que c'est durable. Les camions-citernes, les oléoducs détournés, l'escorte militaire américaine — ce sont des solutions d'urgence, pas des solutions permanentes. Les marchés achètent la stabilité, pas juste le volume.

Mark

Donc les réserves stratégiques bas jouent un rôle?

Mimi

Un rôle énorme. Les États-Unis, la Chine, tous les pays développés remplissent leurs stocks en même temps. Cette demande absorbe le pétrole qui arrive du Golfe avant qu'il ne soit vendu sur le marché libre.

Luke

Mais attends — si les réserves sont bas, pourquoi les prix ne baissent pas? Normalement, les bas stocks signifient des prix hauts, d'accord, mais une augmentation de l'offre devrait au moins les stabiliser.

Mimi

Parce qu'il y a aussi une demande de carburant raffiné anormalement forte. Les raffineries achètent tout le brut qu'elles peuvent, même cher, parce qu'elles savent qu'elles feront du profit en revendant le diesel.

Mark

Donc c'est un marché où tout le monde achète, personne ne vend?

Mimi

Essentiellement, oui. Les gouvernements remplissent les réserves, les raffineries achètent du brut pour le raffiner et le revendre cher, les traders anticipent une escalade du conflit. Aucun de ces acteurs n'a intérêt à voir les prix baisser.

Luke

Et les frappes ukrainiennes sur les raffineries russes?

Mimi

Elles réduisent la capacité de raffinage mondiale juste au moment où la demande de carburant raffiné est très forte. Les pays qui achetaient du diesel russe doivent maintenant l'acheter ailleurs, ce qui ajoute de la pression.

Mark

Le G7 va libérer 100 millions de barils. Est-ce que ça va changer quelque chose?

Luke

C'est la question. Macron pense que oui, mais les analystes sont prudents. Si tout ce pétrole va dans les réserves stratégiques au lieu d'aller sur le marché, l'effet sur les prix sera limité.

Mimi

Et même s'il arrive sur le marché, il faut que ce soit suffisant pour contrebalancer la demande de raffinage forte et la reconstitution des stocks. C'est un puzzle complexe.

  • 16,5 millions de barils par jour exportés en septembre, soit 80 % des niveaux d'avant-guerre
  • Prix du baril stagnant autour de 100 dollars, contre 65 dollars en juin lors des négociations de paix
  • Réserves stratégiques américaines à leurs plus bas niveaux depuis les années 1980
  • G7 prévoyant de libérer jusqu'à 100 millions de barils dans les quatre mois

Les exportations du Golfe ont atteint 16,5 millions de barils par jour en septembre, soit 80% des niveaux d'avant-guerre, grâce aux contournements du blocus iranien. Les traders restent prudents, anticipant une nouvelle escalade du conflit, tandis que les réserves stratégiques bas et la forte demande de carburant maintiennent les prix élevés.

Les exportations de pétrole depuis le Golfe ont retrouvé des niveaux quasi normaux en septembre malgré le blocus iranien, mais les prix restent élevés autour de 100 dollars le baril, contredisant les promesses de Trump.

En septembre, le détroit d'Ormuz a laissé passer à nouveau du pétrole en quantités proches de celles d'avant la guerre américano-israélienne contre l'Iran. Les exportations depuis le Golfe ont atteint au moins 16,5 millions de barils par jour selon les données de Kpler publiées le 1er octobre, représentant environ 80 % des flux qui transitaient par ce passage stratégique avant le début des hostilités. C'est une restauration remarquable : en mars, au cœur du conflit, ces mêmes exportations avaient chuté à six millions de barils par jour.

Le président américain Donald Trump avait promis que dès que la menace iranienne sur le détroit serait neutralisée, les prix du pétrole baisseraient. Or, le baril stagne autour de 100 dollars. Une légère baisse a été enregistrée le 2 octobre, mais elle n'a rien à voir avec juin, quand un protocole d'accord pour des négociations de paix avait fait chuter les prix de 95 à 65 dollars en quelques jours. Cette fois, malgré le retour réel du pétrole, le marché refuse de suivre la logique que Trump avait annoncée.

Les pays du Golfe ont déployé des stratégies ingénieuses pour contourner le blocus iranien. L'Arabie saoudite achemine davantage de brut par son oléoduc Est-Ouest vers la mer Rouge. Des navires-citernes désactivent leurs transpondeurs GPS pour échapper à la détection iranienne. L'Irak utilise des camions-citernes et les routes terrestres pour exporter une partie de sa production. Les États-Unis escortent militairement des cargos à travers le détroit pour les protéger d'attaques potentielles. Ces mesures ont fonctionné : le pétrole coule à nouveau, mais pas au prix que Trump espérait.

Les traders, échaudés par les précédentes promesses de paix qui ne se sont pas concrétisées, adoptent une prudence nouvelle. Ils anticipent une escalade future du conflit, ce qui les pousse à maintenir les prix élevés malgré l'augmentation des exportations. De plus, les solutions actuelles ne sont que des palliatifs temporaires. L'armée américaine ne peut pas escorter indéfiniment les pétroliers. Les camions-citernes coûtent beaucoup plus cher que les navires et ne peuvent transporter que des volumes limités. L'oléoduc Est-Ouest ne fonctionne que pour Saudi Aramco et reste vulnérable aux attaques iraniennes ou houthies. Aucune de ces solutions n'offre la stabilité durable que les marchés recherchent.

Un autre facteur majeur pèse sur les prix : les réserves stratégiques des pays développés sont à des niveaux historiquement bas. Aux États-Unis, elles n'ont jamais été aussi faibles depuis les années 1980. La Chine a dû puiser dans ses propres stocks pour amortir le choc de la guerre. Cette situation crée une course mondiale à l'or noir, où les gouvernements cherchent à reconstituer leurs réserves de sécurité. Cette demande absorbe une partie du flux venant du Golfe avant même qu'il n'atteigne le marché commercial, maintenant ainsi les prix élevés.

La situation des stocks bas rend également les marchés hypersensibles à chaque signal d'alarme. Les déclarations du président Trump menaçant de couper les exportations américaines de carburant et de diesel ont nourri l'inquiétude : les Européens craignent de ne pas avoir suffisamment de réserves pour survivre à une interruption des approvisionnements américains. C'est pour cette raison que les dirigeants du G7 ont annoncé vendredi leur intention de libérer jusqu'à 100 millions de barils de gazole et de pétrole brut dans les quatre mois à venir. Le président français Emmanuel Macron a estimé que ces décisions devraient faire baisser les prix des carburants, mais l'effet reste incertain à court terme.

S'ajoute à cela une demande de carburant raffiné anormalement forte. Les raffineries achètent tout le brut qu'elles peuvent, même à prix élevé, car elles savent qu'elles réaliseront des marges confortables en revendant le diesel. Cette demande soutenue maintient les prix hauts même si les exportations du Golfe augmentent. Enfin, les frappes ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes ont endommagé des raffineries sur tout le territoire russe. Bien que la Russie continue d'exporter du pétrole raffiné vers la Chine et l'Inde, cette réduction de la capacité de raffinage crée une pression supplémentaire sur le pétrole raffiné disponible à la vente mondiale.

Dans ce contexte complexe, le retour du pétrole du Golfe pourrait stabiliser les prix à court terme, mais il ne suffira probablement pas à les faire baisser sensiblement. Les promesses de Trump heurtent une réalité de marché bien plus nuancée que la simple équation offre-demande qu'il avait énoncée.

Il y a peut-être davantage d'exportations de brut, mais il est toujours aussi difficile de passer commande pour des barils sur les marchés
— Adi Imsirovic, spécialiste du commerce d'hydrocarbures à l'université d'Oxford
Le retour du pétrole du Golfe va peut-être stabiliser les prix, mais ce n'est pas suffisant, à court terme, pour le faire baisser sensiblement
— Agata Loskot-Strachota, spécialiste de la sécurité énergétique au Centre for Eastern Studies
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