Depuis les territoires ruraux transformés en usines à ciel ouvert, le géographe Gilles Fumey pose une question qui dépasse l'agronomie : que perdons-nous de nous-mêmes lorsque nous traitons la terre comme un simple outil de rendement ? L'agriculture productiviste n'efface pas seulement des haies et des espèces — elle rompt le lien par lequel une société comprend d'où elle vient et de quoi elle vit. Préserver ce lien n'est pas une nostalgie, mais une condition de survie culturelle et écologique.
Comment nous dévorons les paysages : l'urgence de préserver notre lien à la Terre
Quand le paysage devient un simple outil de production
Pourquoi Fumey insiste-t-il tant sur le lien « culturel » avec la terre ? N'est-ce pas une question avant tout écologique ?
Parce que sans ce lien, on ne change rien. Si on voit la terre comme une ressource abstraite, on continue à l'exploiter. Mais si on la voit comme un lieu qui nous nourrit, qui nous enracine, qui nous parle — alors on commence à la respecter différemment.
D'accord, mais le texte reste très général. Quels paysages exactement ? Quelles régions ? Fumey parle de destruction « systématique » mais on n'a pas de chiffres concrets, pas d'exemples précis.
C'est vrai que c'est une alerte large. Mais peut-être que c'est justement le point : c'est partout. C'est la logique du système agricole moderne qui s'applique à peu près uniformément.
Partout, c'est facile à dire. Mais ça rend difficile de savoir où agir, où regarder. Et on ne sait pas non plus ce que Fumey propose concrètement pour « préserver » ce lien.
Alors c'est un appel à la conscience plutôt qu'un plan d'action ?
Oui. C'est un diagnostic. Il dit : regardez ce qui se passe, comprenez ce que nous perdons. Le reste — comment on change — c'est à nous de le décider.
Ce qui veut dire que le texte est plus une provocation qu'une analyse complète. Et c'est légitime, mais le lecteur doit le savoir.
Le Pouls
- Les paysages ruraux se transforment à une vitesse qui ne laisse plus le temps de mesurer ce qui disparaît : haies arrachées, champs fusionnés, monocultures à perte de vue.
- L'érosion des sols, l'effondrement des pollinisateurs et la concentration du pouvoir alimentaire entre quelques multinationales signalent une crise systémique, pas un accident.
- Au-delà des dégâts écologiques, c'est notre rapport à la nourriture et au territoire qui se fracture — nous mangeons sans savoir, nous traversons des paysages sans les habiter.
- Fumey appelle à une réflexion collective urgente : repenser l'agriculture, les territoires et notre place dans les écosystèmes dont nous dépendons pour inverser une normalisation de la destruction.
Depuis les territoires ruraux transformés en usines à ciel ouvert, le géographe Gilles Fumey pose une question qui dépasse l'agronomie : que perdons-nous de nous-mêmes lorsque nous traitons la terre comme un simple outil de rendement ? L'agriculture productiviste n'efface pas seulement des haies et des espèces — elle rompt le lien par lequel une société comprend d'où elle vient et de quoi elle vit. Préserver ce lien n'est pas une nostalgie, mais une condition de survie culturelle et écologique.
Le géographe Gilles Fumey observe ce qui s'efface sous nos yeux : des paysages ruraux méconnaissables, des écosystèmes réduits à des monocultures, une relation à la terre devenue purement extractive. Son alerte va plus loin qu'un constat environnemental — elle touche à ce que nous perdons de nous-mêmes quand le sol devient une machine à produire.
L'agriculture productiviste a redessiné les campagnes dans sa logique de rendement maximal. Les haies disparaissent, les petits champs se fondent en grandes parcelles uniformes, la diversité cède à des cultures appauvrissantes pour les sols et dévastatrices pour la biodiversité. Ce n'est pas un glissement imperceptible : c'est une transformation systématique qui s'accélère.
Mais Fumey insiste sur une autre dimension, moins mesurable : la rupture de notre lien à la nourriture et au territoire. Quand on ne sait plus d'où vient ce qu'on mange, quand le paysage n'est plus qu'un décor aperçu depuis une autoroute, quelque chose d'essentiel se brise — un lien à la fois culturel, esthétique et nourricier au sens le plus concret du terme.
Cette urgence se lit dans les chiffres de l'érosion des sols, dans la disparition des pollinisateurs, dans la concentration du contrôle alimentaire aux mains de quelques grandes entreprises. Elle se lit aussi dans le malaise grandissant face à un système qui nous nourrit tout en nous éloignant de ce qui nous nourrit.
Préserver le lien avec la terre n'est pas un luxe nostalgique, conclut Fumey : c'est une condition pour inverser une tendance destructrice qui s'est normalisée. Le paysage n'est pas un décor — c'est un système vivant dont nous dépendons. La vraie question est de savoir si nous sommes encore à temps pour revenir sur le choix silencieux que nous avons fait : celui de la productivité contre la vie.
Le géographe Gilles Fumey regarde ce qui disparaît sous nos yeux : des paysages entiers transformés au-delà de toute reconnaissance, des écosystèmes réduits à des monocultures, une relation à la terre devenue purement extractive. Son alerte porte sur quelque chose de plus profond qu'une simple question environnementale. C'est une question de ce que nous perdons quand nous traitons le sol comme une machine à produire plutôt que comme un lieu de vie.
L'agriculture productiviste, dans sa logique de rendement maximal, a redessiné les territoires ruraux. Les haies disparaissent, les petits champs se fusionnent en grandes parcelles uniformes, la diversité des cultures cède la place à des monocultures qui appauvrissent le sol et réduisent la biodiversité. Ce n'est pas un processus lent ou invisible : c'est une transformation systématique qui s'accélère, qui détruit les écosystèmes et qui laisse derrière elle des paysages vidés de leur substance.
Mais Fumey ne parle pas seulement de dégâts écologiques mesurables en espèces perdues ou en dégradation des sols. Il insiste sur ce qui se brise aussi dans notre rapport à la nourriture, à la terre, à notre propre place dans le monde. Quand le paysage devient un simple outil de production, quand on ne le traverse plus qu'en voiture sur une autoroute, quand on ne sait plus d'où vient ce qu'on mange, quelque chose d'essentiel se rompt. C'est un lien culturel et esthétique, oui, mais aussi nourricier au sens le plus littéral : nous nous coupons de la compréhension de ce qui nous sustente.
Cette urgence que Fumey énonce n'est pas une abstraction. Elle se manifeste dans les chiffres de l'érosion des sols, dans la disparition des pollinisateurs, dans la concentration du contrôle alimentaire entre les mains de quelques grandes entreprises. Elle se manifeste aussi dans le malaise croissant face à un système qui nous nourrit mais qui nous éloigne de ce qui nous nourrit.
La préservation du lien avec la terre, selon cette perspective, n'est pas un luxe nostalgique. C'est une condition pour inverser une tendance destructrice qui s'est normalisée. Cela signifie repenser notre rapport à l'alimentation, à la production agricole, aux territoires eux-mêmes. Cela signifie reconnaître que le paysage n'est pas un décor mais un système vivant dont nous dépendons, et que sa destruction n'est pas un coût acceptable de la modernité.
La question que Fumey pose implicitement est celle-ci : à quel moment avons-nous décidé que la productivité était plus importante que la vie ? Et surtout, est-il encore temps de revenir sur cette décision ?
Citations marquantes
Face au productivisme agricole qui détruit nos écosystèmes, il est urgent de préserver le lien culturel, esthétique et nourricier avec la Terre— Gilles Fumey, géographe