Près de 2000 interpellations jeudi, 400 établissements fermés, violences qualifiées d'« extrême gravité » par les autorités avec agressions contre des professeurs. Le gouvernement accuse LFI d'organiser le mouvement ; la gauche radicale dénonce du complotisme tandis que le PS critique la politisation du conflit.
Blocus des lycées : 400 établissements fermés, 2000 interpellations et tensions politiques
Ce qui a commencé comme une revendication s'est transformé en violences urbaines
Pourquoi le gouvernement accuse-t-il spécifiquement LFI d'organiser ce mouvement ?
Les services de renseignement ont documenté la présence d'une vingtaine d'élus nationaux de LFI dans différentes villes le 29 septembre. Cela suggère une implication organisée, pas juste une participation spontanée.
Mais il faut être prudent : documenter une présence n'est pas la même chose que prouver une organisation centralisée. Les renseignements alertent sur le rôle de LFI, mais le lien causal entre leurs appels et les violences reste à établir clairement.
Deux mille interpellations en une journée, c'est énorme. Combien de ces personnes ont été poursuivies ?
Le chiffre des interpellations est confirmé par le ministère de l'Intérieur. Mais tu soulèves un point important : on sait qu'environ mille sept cent quatre-vingt-treize ont été placées en garde à vue depuis lundi, mais le nombre de poursuites réelles n'est pas encore clair.
Exactement. Les gardes à vue ne signifient pas automatiquement des poursuites. Et la demande du ministre de la Justice pour la responsabilité civile des parents est une intention politique, pas une décision judiciaire. C'est du théâtre de la fermeté.
Le PS critique aussi le mouvement. Est-ce que la gauche se divise vraiment ?
Olivier Faure dit clairement que ce n'est pas le rôle des politiques d'organiser les mouvements sociaux, et que le mouvement a été dévoyé par des casseurs. C'est une critique directe de la stratégie de LFI.
Oui, mais on ne sait pas si cette division est profonde ou tactique. Faure peut critiquer publiquement tout en gardant des liens avec les mouvements de base. Et LFI accuse le gouvernement de complotisme, ce qui ferme la porte au dialogue.
Quatre cents établissements fermés, c'est quel pourcentage du total ?
Le chiffre de quatre cents établissements fermés est confirmé, mais le source ne donne pas le nombre total de lycées en France pour calculer le pourcentage.
C'est une lacune importante. Quatre cents sur combien ? Cela change complètement la perception de l'ampleur du mouvement. Et on ne sait pas non plus combien de ces fermetures sont dues au blocage par les élèves et combien sont des décisions administratives de sécurité.
Le Pouls
- Près de 2000 interpellations jeudi, 1793 en garde à vue depuis lundi
- 400 établissements scolaires fermés
- Environ 20 élus nationaux de LFI impliqués le 29 septembre dans plusieurs villes
- Agressions contre des professeurs, dégradations et incendies documentés de Nantes à Marseille
Près de 2000 interpellations jeudi, 400 établissements fermés, violences qualifiées d'« extrême gravité » par les autorités avec agressions contre des professeurs. Le gouvernement accuse LFI d'organiser le mouvement ; la gauche radicale dénonce du complotisme tandis que le PS critique la politisation du conflit.
Environ 2000 personnes ont été interpellées jeudi lors du deuxième acte du mouvement de blocage des lycées en France, les autorités dénonçant des violences urbaines et accusant la gauche radicale d'attiser les tensions.
Jeudi, la France a connu le deuxième acte d'un mouvement de blocage des lycées qui a basculé en violences urbaines. Près de deux mille personnes ont été interpellées par les forces de l'ordre au cours de la journée, selon l'annonce du ministère de l'Intérieur. Quatre cents établissements scolaires ont fermé leurs portes. Des professeurs ont été agressés. Des écoles ont brûlé. Les autorités qualifient la situation d'« extrême gravité ».
Le mouvement, qui réclame davantage de moyens pour l'Éducation nationale, s'est propagé de Nantes à Marseille, de Lille à Toulouse. Ce qui a commencé comme une expression de revendications lycéennes s'est transformé en quelque chose de différent : des dégradations systématiques, des incendies qui se multiplient, des agressions contre les services publics et ceux qui les représentent. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a réuni jeudi soir les préfets, les directeurs de la police et de la gendarmerie, ainsi que les responsables des services de renseignement. Son diagnostic était sans détour : la situation ne ressemble plus à une mobilisation juvénile légitime, mais aux caractéristiques d'une vague de violences urbaines.
Le gouvernement pointe du doigt la gauche radicale. Selon les services du Premier ministre Sébastien Lecornu, le mouvement est « à l'origine » de LFI et de ses « proxys de l'ultragauche ». Les renseignements ont documenté la présence d'une vingtaine d'élus nationaux de La France insoumise impliqués dans le mouvement le 29 septembre, dispersés dans plusieurs villes : Lille, Rennes, Toulouse, Albi, Rouen, Clermont-Ferrand, Bègles, Avignon. Une note d'analyse des services de renseignement à la main du préfet de police de Paris, dont Le Figaro a eu accès aux extraits, décrit un mouvement à « physionomie inédite » et alerte sur la manière dont la révolte gagne du terrain, attisée selon ces fonctionnaires par la gauche la plus radicale.
La réaction de la gauche radicale a été immédiate. Manuel Bompard, coordinateur de LFI, a accusé Matignon de « sombrer dans le complotisme ». Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a pris ses distances avec les appels à la mobilisation lancés par LFI. « Il n'appartient pas aux politiques de dire aux lycéens ce qu'ils doivent faire », a-t-il déclaré vendredi matin sur RTL. Il a estimé que le mouvement lycéen avait été « récupéré par des casseurs » qui l'ont « dévoyé ».
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé une réponse pénale ferme. Environ mille sept cent quatre-vingt-treize personnes ont été placées en garde à vue depuis lundi. Darmanin a exhorté les procureurs à requérir non seulement des poursuites rapides, mais aussi la responsabilité civile des parents, afin qu'ils soient « solidaires financièrement des exactions de leurs enfants ». « Lorsqu'on s'attaque aux professeurs, quand on s'attaque aux services publics, il faut que la Justice soit au rendez-vous », a-t-il déclaré.
Vendredi, tous les préfets ont pris des arrêtés d'interdiction de manifester aux abords des lycées fermés. À Paris, le préfet de police Patrice Faure a interdit les rassemblements autour de treize lycées parisiens. La même consigne a été donnée dans tous les départements. Le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray doit recevoir vendredi les organisations syndicales, les associations de parents d'élèves, les associations lycéennes et les élus du Conseil national de la vie lycéenne. Le gouvernement espère l'apaisement. Le mouvement, lui, devrait se poursuivre, avec une grande manifestation prévue mardi. À sept mois de la présidentielle, dans un climat social et politique électrique, cette mobilisation reste plus que sensible.
Citations marquantes
Il n'appartient pas aux politiques de dire aux lycéens ce qu'ils doivent faire. Le rôle des politiques, c'est de donner des réponses, pas d'organiser le mouvement social.— Olivier Faure, premier secrétaire du PS, sur RTL
Une aggravation de la situation qui n'a plus rien de l'expression légitime de revendications lycéennes mais présente désormais toutes les caractéristiques d'une situation de violences urbaines.— Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur