Lula, ancien ouvrier métallurgiste, a transformé son image de syndicaliste radical en leader modéré pour accéder au pouvoir en 2002, remportant deux mandats avec des mesures sociales majeures. Son troisième mandat affiche un bilan économique mitigé : chômage au plus bas et inflation ralentie, mais croissance ralentie et dette publique augmentée, ce qui limite sa mobilisation électorale.
Au Brésil, la « dernière danse » de Lula face aux défis économiques et à l'influence Trump
Personne n'est mieux armé pour faire face à la menace du néolibéralisme radical
Pourquoi Lula se représente-t-il alors qu'il avait promis que ce serait fini après son troisième mandat?
Parce que le Parti des travailleurs n'a trouvé personne d'autre capable de tenir tête à Flavio Bolsonaro. En 2018, Fernando Haddad a essayé de le remplacer et a perdu. Le parti n'a pas réussi à former de nouveaux leaders en quarante-six ans d'existence.
Mais c'est une explication du parti, pas de Lula lui-même. Lula dit qu'il est en pleine forme et qu'il veut défendre le Brésil contre le néolibéralisme radical. On ne sait pas vraiment ce qui l'a poussé à revenir sur sa parole.
Comment explique-t-on qu'il soit au coude-à-coude avec Bolsonaro alors qu'il a un bilan économique solide?
Parce que ce bilan est très inégal. Oui, le chômage est au plus bas et l'inflation a ralenti, mais la croissance a ralenti, la dette publique a augmenté, et pour beaucoup de Brésiliens ordinaires, rien de tout cela ne se sent dans le porte-monnaie.
Et les sondages montrent que 50 % des Brésiliens le désapprouvent contre 47 % qui l'approuvent. C'est très serré. On ne sait pas non plus comment les polémiques récentes vont affecter le vote.
Quel est le rôle de Trump dans cette élection?
Trump a imposé des droits de douane élevés au Brésil en juillet, ce qui a compliqué la campagne de Lula. Mais Trump n'a pas soutenu publiquement Flavio Bolsonaro. Lula, lui, se présente comme un rempart contre l'impérialisme américain et veut approfondir les liens avec la Chine et les Brics.
C'est vrai, mais on ne sait pas exactement comment ces tensions commerciales vont peser sur le vote. Et on ne sait pas non plus si Trump va intervenir davantage avant dimanche.
Il Polso
- Lula, 80 ans, se représente pour un quatrième mandat dimanche 4 octobre
- Au coude-à-coude dans les sondages avec Flavio Bolsonaro, fils de l'ex-président
- Chômage au plus bas historique, mais croissance ralentie et dette publique augmentée
- Condamné pour corruption en 2017, sa condamnation annulée en 2021
- Trump a imposé des droits de douane élevés au Brésil en juillet
Lula, ancien ouvrier métallurgiste, a transformé son image de syndicaliste radical en leader modéré pour accéder au pouvoir en 2002, remportant deux mandats avec des mesures sociales majeures. Son troisième mandat affiche un bilan économique mitigé : chômage au plus bas et inflation ralentie, mais croissance ralentie et dette publique augmentée, ce qui limite sa mobilisation électorale.
À 80 ans, Luiz Inacio Lula da Silva se représente dimanche pour un quatrième mandat à la tête du Brésil, misant sur sa popularité et un bilan économique solide, mais au coude-à-coude dans les sondages avec son rival d'extrême droite Flavio Bolsonaro.
Luiz Inacio Lula da Silva se présente dimanche pour un quatrième mandat à la tête du Brésil, à 80 ans, dans une course électorale qui le place au coude-à-coude avec son rival d'extrême droite Flavio Bolsonaro. C'est sa septième élection présidentielle en près de quarante ans de vie politique, et elle survient malgré la promesse qu'il avait faite en 2022 : que son troisième mandat serait le dernier. À l'époque, il parlait de l'importance de voir émerger de nouveaux leaders. Quatre ans plus tard, il affirme être « en pleine forme » et réitère sa promesse, assurant que si les Brésiliens l'élisent, ce sera « pour de bon » cette fois-ci.
La trajectoire de Lula s'enracine dans une enfance de pauvreté au Pernambouc, où il a travaillé comme cireur de chaussures et coursier avant d'apprendre le métier de tourneur. C'est à l'usine, dans les rangs des syndicats ouvriers de São Paulo, que s'est forgée sa carrière politique. Il est devenu l'un des visages des grandes grèves du secteur métallurgique dans les dernières années de la dictature militaire brésilienne. Marcia Dias, directrice de l'école de sciences politiques de l'Université fédérale de Rio de Janeiro, explique que Lula « comprend très bien le quotidien et les difficultés des populations ordinaires » et que « par son histoire de migrant du Nordeste, fils d'une mère célibataire », il symbolise pour beaucoup « l'âme brésilienne ». C'est pourquoi il a lancé sa campagne 2026 au stade Vila Euclides de São Bernardo do Campo, le même lieu où se tenaient les assemblées ouvrières massives de la fin des années 1970.
Mais Lula n'a pas toujours eu accès au pouvoir. Ses trois premières candidatures à la présidentielle, en 1989, 1994 et 1998, se sont soldées par des défaites. Il suscitait la méfiance de la classe moyenne et du patronat. Pour parvenir au pouvoir, il a dû élargir ses alliances et transformer son image. Au début des années 2000, le leader syndicaliste combatif et radical s'est réinventé en « Lulinha paix et amour », apparaissant dans des costumes élégants, appelant à une « réconciliation nationale » et séduisant le secteur entrepreneurial. La recette a fonctionné. En 2002, il a remporté la présidence avec plus de 60 % des voix au second tour, devenant le premier ouvrier à entrer au palais du Planalto. Il a été réélu quatre ans plus tard. Ses deux premiers mandats ont coïncidé avec une forte croissance économique et ont été marqués par des mesures sociales transformatrices : le programme « Bolsa Familia » destiné aux familles les plus modestes, la hausse du salaire minimum. Ces années ont propulsé Lula à des niveaux de popularité exceptionnels auprès des classes populaires.
Cependant, ces mandats ont aussi été entachés de scandales. En 2017, Lula a été condamné pour corruption passive et blanchiment d'argent, passant 580 jours en prison et étant déclaré inéligible à l'élection de 2018. Cette condamnation a été annulée en 2021 par la Cour suprême fédérale, qui a jugé que le tribunal n'était pas compétent et a reproché au juge de l'époque, Sergio Moro, sa partialité. Malgré ces scandales, Dias note que « au moins 30 % des électeurs de Lula n'ont jamais cru aux accusations de corruption portées contre lui et n'ont jamais cessé de le soutenir ». Après douze ans dans l'ombre de la justice, Lula s'est représenté en 2022 et a battu de justesse Jair Bolsonaro.
Le Lula qui est revenu au pouvoir en 2022 a trouvé un pays très différent. Son troisième mandat affiche un bilan économique en demi-teinte. Le taux de chômage est à son plus bas historique, l'inflation a fortement ralenti, le taux de pauvreté a reculé et le gouvernement a fait voter une baisse du temps de travail hebdomadaire. Mais parallèlement, la croissance a ralenti, la dette publique a augmenté et le taux d'endettement des familles reste important. Pour une grande partie des Brésiliens, l'amélioration de certains indicateurs macroéconomiques ne se ressent pas dans le porte-monnaie. Selon le dernier sondage Datafolha publié le 24 septembre, 34 % des Brésiliens jugent sa gestion bonne ou excellente, contre 40 % qui la jugent mauvaise ou très mauvaise. Plus largement, 47 % disent « approuver » Lula et 50 % le « désapprouver ».
La campagne de Lula a aussi été compliquée par des questions persistantes d'insécurité et par diverses polémiques qui ont éclipsé les débats de fond sur son bilan. Un autre paramètre majeur pèse sur cette élection : l'influence de Donald Trump, qui pousse l'extrême droite partout en Amérique du Sud. Si le président américain n'a pas apporté publiquement son soutien à Flavio Bolsonaro, il n'a pas hésité à frapper le Brésil en juillet avec des droits de douane élevés que Brasilia a qualifiés d'« illégaux ». Des représentants des deux pays ont tenu une réunion mercredi à Brasilia sur leur relation commerciale, décrite comme « constructive » par les autorités brésiliennes. Lula, qui a besoin de ménager les liens avec Washington, fait tout pour se présenter en rempart à l'impérialisme nord-américain. À la tribune de l'ONU la semaine dernière, il a martelé que son pays ne serait jamais « l'arrière-cour de personne ». Il affiche sa volonté d'« approfondir » les liens du Brésil avec la Chine et les autres membres des Brics.
Reste qu'aucune figure alternative à Lula n'a su émerger au sein du Parti des travailleurs ces dernières années. En 46 ans, le PT a eu des gouverneurs, des ministres, des maires et d'autres candidats pour la présidentielle, mais il n'a pas été capable de trouver quelqu'un de la trempe de Lula. En 2018, Fernando Haddad l'a remplacé et a perdu face à Bolsonaro. En 2022 et en 2026, le parti a de nouveau fait appel à son fondateur. Dias rappelle que « le leadership de Lula est très important pour le parti aussi. C'est le fondateur d'un PT qui représente les mouvements sociaux des années 1970, qui est le plus grand parti du Brésil, mais aussi d'Amérique latine ». Elle ajoute que « la dernière fois que Lula a pu passer le témoin, c'était avec Dilma Rousseff », qui a présidé le Brésil entre 2011 et 2016. « Certes, il faut probablement de nouveaux leaders en ce moment. Mais à ce jour, personne n'est mieux armé pour faire face à la menace d'un retour du néolibéralisme radical des Bolsonaro. »
Citazioni salienti
Au moins 30 % des électeurs de Lula n'ont jamais cru aux accusations de corruption portées contre lui et n'ont jamais cessé de le soutenir— Marcia Dias, directrice de l'école de sciences politiques de l'Université fédérale de Rio de Janeiro
Son pays ne serait jamais l'arrière-cour de personne— Lula, à la tribune de l'ONU