Au lendemain d'un attentat raciste qui a coûté la vie à un homme à Trappes et La Verrière, une question ancienne revient à la surface : celle du pouvoir des mots lorsqu'ils désignent un ennemi intérieur. La sémiologue Cécile Alduy, qui étudie depuis des années le discours de l'extrême droite, y voit une continuité entre la haine qui se dit et la haine qui frappe, et invite à regarder non seulement les auteurs des violences mais aussi ceux qui, par habitude ou par calcul, banalisent la désignation de l'autre. Ce débat surgit à l'ouverture d'une campagne présidentielle où la responsabilité du la
Attentat de Trappes : la sémiologue Cécile Alduy lie discours de l'extrême droite et actes de haine
« La bataille des constats est gagnée », disait Le Pen cinq jours après l'attaque
Qu'est-ce qui s'est passé à Trappes, exactement ?
Vendredi soir, une attaque terroriste raciste à Trappes et La Verrière a fait un mort et cinq blessés. Le suspect est désigné sous le nom de Kévin T.
Pourquoi Cécile Alduy parle-t-elle de continuité entre discours et actes ?
Elle estime que des propos xénophobes entendus sans cesse finissent par désigner des cibles, et cite Breivik, Christchurch et Buffalo, liés au « grand remplacement ».
Attention : c'est son analyse, pas une conclusion établie sur Trappes. Rien dans le texte ne dit ce que Kévin T. a lu, entendu ou pensé.
Le Premier ministre dit pourtant à peu près la même chose.
Sébastien Lecornu a dénoncé « les mots qui finissent par armer ceux qui passent à l'acte ». C'est un jugement politique, mais il rejoint le sien.
Et c'est une interview d'une seule spécialiste. Les réponses du RN ou de Reconquête ! n'y figurent pas, hormis la phrase de Marine Le Pen sur les constats.
Elle vise aussi les médias et la droite.
Oui : CNews, les plateaux de BFMTV, Bayrou, Bergé, le président. Elle parle d'une faute morale et d'une erreur stratégique.
Ce sont des appréciations fortes, tirées de ses propres études. Le lien causal avec l'attaque, lui, reste à démontrer.
Der Puls
- Un attentat raciste a fait un mort et cinq blessés à Trappes et La Verrière, et la France retient son souffle devant ce que le Premier ministre appelle « les mots qui finissent par armer ».
- La sémiologue Cécile Alduy accuse une continuité directe entre discours de haine et actes meurtriers, en citant Breivik, Christchurch et Buffalo.
- Les projecteurs se tournent vers CNews, certains plateaux et une partie de la droite et du centre, accusés de banaliser un vocabulaire xénophobe.
- Marine Le Pen lance sa campagne à Orléans en proclamant que la « bataille des constats est gagnée », tandis que la « priorité nationale » reste au cœur du programme du RN.
- Le débat sur la responsabilité des mots s'installe au cœur de la présidentielle, sans issue immédiate, entre appels à la vigilance et défense de la liberté d'expression.
Au lendemain d'un attentat raciste qui a coûté la vie à un homme à Trappes et La Verrière, une question ancienne revient à la surface : celle du pouvoir des mots lorsqu'ils désignent un ennemi intérieur. La sémiologue Cécile Alduy, qui étudie depuis des années le discours de l'extrême droite, y voit une continuité entre la haine qui se dit et la haine qui frappe, et invite à regarder non seulement les auteurs des violences mais aussi ceux qui, par habitude ou par calcul, banalisent la désignation de l'autre. Ce débat surgit à l'ouverture d'une campagne présidentielle où la responsabilité du langage politique devient, plus que jamais, un enjeu de la vie commune.
Dimanche 25 octobre, à Orléans, Marine Le Pen ouvre sa campagne présidentielle en affirmant que ses thèmes, à commencer par l'immigration, se sont imposés dans le débat public. Cinq jours plus tôt, une attaque terroriste raciste avait fait un mort et cinq blessés à Trappes et La Verrière. Son auteur présumé, Kévin T., a été identifié.
Depuis, le discours de l'extrême droite, du RN comme de Reconquête !, est mis en cause, d'abord par la gauche. Mardi, à l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dénoncé les mots qui finissent par armer ceux qui passent à l'acte. La sémiologue Cécile Alduy, enseignante à Stanford, partage cette analyse et rappelle qu'elle l'a documentée dans ses livres sur Marine Le Pen et Éric Zemmour.
Selon elle, les massacres de Breivik, Christchurch et Buffalo, tous nourris par la théorie du « grand remplacement », montrent une continuité entre haine verbale et violence meurtrière. Elle décrit un amalgame entre musulmans, populations issues de l'immigration et banlieues, qui fabrique un ennemi de l'intérieur. Elle distingue Zemmour, qu'elle juge appelant à la violence, et Le Pen, dont l'image apaisée masque un programme de « priorité nationale » discriminant.
Les médias sont également visés, CNews en premier lieu, mais aussi les plateaux qui invitent sans contrôle des figures condamnées pour propos racistes. Enfin, Cécile Alduy juge la responsabilité de la droite et du centre « immense », citant des propos sur la « submersion » ou le « grand remplacement ». Le débat sur la responsabilité des mots s'engage ainsi au cœur de la campagne présidentielle.
Dimanche 25 octobre, à Orléans, Marine Le Pen lance sa campagne présidentielle par une formule : « la bataille des constats est gagnée ». La candidate du Rassemblement national entend par là que ses thèmes se sont imposés dans le débat public, à commencer par l'immigration, qui engendrerait selon elle de l'insécurité et la perte de l'identité française. Cinq jours plus tôt, vendredi soir, une attaque terroriste raciste avait fait un mort et cinq blessés à Trappes et à La Verrière. Son auteur présumé est identifié comme Kévin T.
Depuis, le discours de l'extrême droite, celui du RN comme celui de Reconquête !, est mis en cause, d'abord par la gauche. Mardi, devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dénoncé « les mots qui finissent par armer ceux qui passent à l'acte ». La sémiologue Cécile Alduy, enseignante à l'université Stanford et spécialiste de ces discours, souscrit à cette analyse « complètement » et dit l'avoir documentée dans plusieurs livres, dont un sur Marine Le Pen (avec Stéphane Wahnich, 2015) et un sur Éric Zemmour (2022).
Pour elle, il existe « une continuité entre les discours de haine violents et les actes de haine violents ». Elle cite les attentats d'Anders Breivik en Norvège en 2011 (77 morts), de Christchurch en Nouvelle-Zélande en 2019 (51 morts) et de Buffalo aux États-Unis en 2022 (10 morts), tous nourris par la théorie raciste du « grand remplacement ». Ce sont, dit-elle, des meurtres prémédités, ciblés, portés par une vision du monde qui désigne des ennemis. Elle décrit un amalgame entre musulmans, populations perçues comme issues de l'immigration et banlieues, qui fabrique un « ennemi de l'intérieur » présenté comme une menace existentielle. Quand d'autres familles politiques reprennent ces mots, ajoute-t-elle, les inhibitions sociales disparaissent.
Elle distingue les deux principales figures. Éric Zemmour a appelé en 2019 ses partisans à « se défendre » et à « se battre pour leur libération », ce qu'elle lit comme un appel à la violence physique, dans le registre d'une France « colonisée » et « en guerre civile ». Marine Le Pen, elle, soigne une image apaisée, avec les mots de « paix civile » et d'unité, déjà employés en 2016-2017. Mais son programme repose toujours sur la « préférence nationale », rebaptisée « priorité nationale », qui discrimine sur le logement, l'emploi et les allocations, au point qu'elle envisage de changer la Constitution. L'analyse informatique de ses discours de 2012 à 2015, puis de 2016 à 2022, montre selon Cécile Alduy une obsession anti-immigration corrélée au dénigrement de l'islam.
Les médias sont aussi visés. Selon la sémiologue, CNews ne laisse pas prospérer ces discours : elle les produit et les met en scène. Elle dit avoir étudié une semaine entière d'antenne et en avoir été choquée, relevant des expressions comme « France Orange mécanique » ou « islamisation », sans élément factuel. Pour BFMTV et d'autres, elle met en cause le contrôle des plateaux : inviter Éric Zemmour, condamné pour incitation à la violence en raison de l'origine et pour propos racistes, expose aux dérapages, et les invités doivent être interrogés plutôt que suivis dans leur cadrage.
Elle estime enfin la responsabilité de la droite et du bloc central « immense, terrible, historique ». Elle cite François Bayrou et son « sentiment de submersion » début 2025, Aurore Bergé jugeant possible de débattre du « grand remplacement », et le président de la République employant « immigrationnisme » et « décivilisation » dans Valeurs actuelles. Ce serait une faute morale et une erreur stratégique, car les électeurs préfèrent l'original à la copie, selon la formule de Jean-Marie Le Pen.
Le débat sur la responsabilité des mots s'engage ainsi au début d'une campagne présidentielle où le RN défend la « priorité nationale ».
Bemerkenswerte Zitate
Il y a une continuité entre les discours de haine violents et les actes de haine violents.— Cécile Alduy, sémiologue
Les mots qui finissent par armer ceux qui passent à l'acte.— Sébastien Lecornu, Premier ministre